19 juil. 2015

Brest - Madame DISDERI

Née Geneviève-Élisabeth Francart ; épouse André-Adolphe-Eugène Disdéri en 1843. - Avec son mari et son frère, ouvre vers 1848 un studio de photographie (daguerréotype) à Brest, 42 rue du Château. - Après le départ de son mari pour Paris (1852), continue à exploiter un studio à Brest, 65 rue de Siam. - En 1872, ouvre un studio à Paris, 146 rue du Bac.

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23 avr. 2011

Les Maréchaux

  • Les Maréchaux par DISDERI

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Le maréchal comte de Castellane

castellane1.JPGLe maréchal comte de Castellane est né le 21 mars 1788 à Paris et décédé le 16 septembre 1862 à Lyon.

Le maréchal de Castellane est issu d'une des familles les plus vieilles de France. Il s'engage le jour du couronnement de Napoléon Ier.
Il obtient tous les grades inférieurs au 5ème régiment d'infanterie légère puis passe comme sous-lieutenant à la suite au 7ème dragons le 10 février 1806. Sous-lieutenant titulaire au 24ème dragons, il prend part à l'expédition de Naples. Au commencement de 1808 il est aide de camp du général Mouton qu'il suit en Espagne. Il combat à la bataille de Rio Secco et se signale à Germonal en enlevant une pièce de canon.
Suivant son général sur le Danube, en 1809 Castellane est à Eckmühl puis à Wagram. Capitaine et chevalier de l'Empire en 1810, il fait la campagne de Russie en tant qu'aide de camp du général Narbonne. Il combat à La Moskowa, est nommé chef d'escadron et pendant la retraite il a la main droite gelée. Il va prendre rang dans l'escadron sacré, chargé de protéger l'Empereur : il n'a que 24 ans.
Napoléon peut apprécier le jeune cavalier et le 21 juin 1813, il le nomme colonel-major au 1er régiment de gardes d'honneur. Castellane combat à Dresde, à Mayence et sur les champs de bataille de Champagne. A la chute de l'Empire il est colonel à la suite puis est chargé d'organiser les hussards du Bas-Rhin dont après les Cent-Jours il devient colonel le 27 septembre 1815. En 1822, il commande le régiment des hussards de la garde royale et en 1824 il est nommé maréchal de camp. Envoyé en Espagne après l'expédition de 1823, il refuse de prêter un concours aveugle à toutes les vengeances de la réaction et a l'honneur d'être rappelé en France.
Dès lors, il occupe essentiellement des postes d'inspecteur général, mais fait la campagne de Belgique en 1832 et en 1837 il remplace momentanément le général Trézel dans les commandements de Bône et de Constantine.
La révolution de 1848 le trouve en poste à Rouen où il sait maintenir l'ordre mais comme il n'a pas reconnu immédiatement le nouveau gouvernement il est admis à faire valoir ses droits à la retraite le 17 avril 1848. La loi du 30 août 1849 ayant abrogé celle du 17 avril 1848, Castellane est remis en activité.
Dévoué au Prince-président, il commande la division militaire de Lyon et celle de Besançon. Il adhère au coup d'Etat et maintient le calme à Lyon. Le 26 janvier 1852 il est nommé sénateur et la ville de Lyon lui offre une épée d'honneur. Le 2 décembre suivant, Castellane est élevé à la dignité de maréchal de France.
Lorsqu'en 1858 la France est divisée en cinq grands commandements militaires, le maréchal devient commandant du 4ème corps, comprenant les 8ème, 9ème, 10ème, 17ème, 20ème et 22ème divisions. Son désir le plus vif est de participer à la campagne d'Italie, mais au regard de son âge (71 ans) il reste en France. Il en ressent une certaine déception et le 4 mai 1859, note dans son journal : "Je suis peut-être le premier maréchal de France qui, après avoir formé une armée, ait été privé de marcher avec elle, lorsqu'elle allait à la guerre." Il est nommé commandant supérieur du 4ème corps d'armée à Lyon et c'est à ce poste qu'il décède en 1862.
Castellane avait les épaules hautes et carrées, le cou planté en avant, l'air dégingandé. Chef sévère et redouté, féroce sur les règlements, il ne se montrait lui-même qu'en grande tenue, avec un chapeau en bataille, légèrement de travers.
Castellane était aimé à Lyon. Grand seigneur, il en imposait à tous et la halte à Lyon pour le rencontrer était un rite auquel se soumirent Saint-Arnaud, Canrobert, Bosquet, Pélissier... La population s'amusait de ses excentricités qu'on se racontait volontiers et qui le rendaient populaire. On en riait et on prétendait qu'il ne quittait jamais son bâton de maréchal, qu'il le tenait même en main lorsqu'il se baignait.

Ronald Zins, Les Maréchaux de Napoléon III, Horvath, 1997.


Le maréchal Magnan

magnan4.JPGLe maréchal Magnan est né le 7 décembre 1791 à Paris et décédé le 29 mai 1865 à Paris.

Elève au lycée Napoléon, Magnan s'engage le 25 décembre 1809 au 66ème régiment de ligne et fait, sous les ordres de Ney et Masséna, campagne en Espagne et au Portugal. En 1814 il est appelé à servir dans la Garde impériale et fait la campagne de France sous les ordres de l'Empereur. Il assiste aux batailles de Guignes, Château-Thierry, Montereau, Craonne, où il est blessé, et Paris. Pendant les Cent-Jours il sert au 4ème régiment de tirailleurs de la Garde.
Chef de bataillon en 1817, lieutenant-colonel en 1822, il fait la campagne de Catalogne, en 1823, sous les ordres du maréchal Moncey et est mis à l'ordre de l'armée pour sa brillante conduite au combat d'Espuglas, le 9 juillet de la même année. Nommé chevalier de Saint-Louis pour ce fait d'armes, il est encore mis à l'ordre de l'armée pour sa conduite au combat de Caldès.
Magnan va ensuite combattre en Algérie. Colonel au 49ème régiment d'infanterie de ligne, il est cité à l'ordre de l'armée pour sa conduite à la bataille de Staouëli et pour les combats qui sont livrés sous les murs de Bône. Il rentre en France avec son régiment en novembre 1831 et se rend maître de la première insurrection de Lyon. Mais comme il a parlementé avec les insurgés il est mis en disponibilité le 14 décembre 1831.
Il sert ensuite en Belgique de 1832 à 1839. Général belge depuis trois ans, il est nommé maréchal de camp le 31 décembre 1835. En 1839, après avoir tenu en échec le prince d'Orange au camp d'Heindoven et le duc Bernard de Saxe-Teschen dans son camp sur la Nèthe, et après la signature de la paix définitive entre la Hollande et la Belgique, Magnan rentre en France.
Il est gravement compromis lors du procès devant la cour des pairs, pour l'affaire de Boulogne. Il aurait, dit-on, dans un premier temps accepté une somme considérable pour aider Louis-Napoléon puis, effrayé, aurait renvoyé l'argent.
Nommé commandant du département du Nord, Magnan est lieutenant général le 20 octobre 1845. En 1846, il inspecte les troupes de la division d'Alger et l'année suivante inspecte en France. Lors de la révolution de février de 1848, il sert aux Tuileries pour protéger le départ de Louis-Philippe. Ensuite il exerce différents commandements en Corse, dans l'Ain et remplace provisoirement Bugeaud à Lyon. Il réprime l'insurrection du 15 juin 1848 et n'hésite pas à s'exposer : en arrivant sur la place de la Croix-Rousse il a son cheval blessé de deux coups de feu et son fourreau d'épée coupé d'un autre. Sa conduite lui vaut d'être nommé grand-officier de la Légion d'honneur.
A la suite de l'épisode de Lyon, Magnan est élu député de la Seine. A la même époque, le prince président lui confie le commandement des 30 000 hommes réunis sur le Rhin, à la suite des insurrections du Palatinat et du duché de Bade.
En 1851, Magnan est nommé commandant de l'armée de Paris, en lieu et place de Baraguey d'Hilliers jugé peu sûr, démissionne de ses fonctions de député et participe avec ardeur au coup d'Etat du 2 décembre. En 1852, il cumule les récompenses pour ses services au prince président : sénateur, maréchal de France, grand veneur. Il est aussi conseiller général puis président du conseil général du Bas-Rhin. De 1851 à sa mort, il commande sans interruption les troupes militaires de la capitale. Il est mis à l'honneur lors du transfert des cendres de Napoléon Ier, le 2 avril 1861 aux Invalides, et porte le collier de la Légion d'honneur.
En 1862, un décret impérial nomme Magnan Grand-maître de l'ordre maçonnique en France. Il remplace le prince Lucien Murat dont les maçons ne veulent plus à l'expiration de son mandat. C'est la première fois que le gouvernement nomme à ces fonctions et Magnan n'est même pas maçon. Il est initié et passe tous les grades en une seule journée, en violation des usages et des règlements. Cet acte d'autorité rencontre d'abord quelques résistances qui s'attaquent moins à la personne du maréchal qu'au nouveau principe établi par le gouvernement. Magnan sait s'imposer et ayant obtenu de Napoléon III, le 16 mai 1864, que la maçonnerie retrouve la liberté d'élire son grand-maître, il est élu dès le lendemain par 148 voix sur 152 votants.
Le maréchal s'éteint l'année suivante.

Ronald Zins, Les Maréchaux de Napoléon III, Horvath, 1997.


Le maréchal comte Regnaud de Saint-Jean d'Angély

regnault2.JPGLe maréchal comte Regnaud de Saint-Jean d'Angely est né le 30 juillet 1794 à Paris et décédé le 1er février 1870 à Cannes.

Son père est un personnage illustre du premier Empire : il collabore au coup d'Etat du 18 Brumaire, est conseiller d'Etat, membre de l'Académie française, de la Légion d'honneur, porte-parole de Napoléon Ier auprès du Corps législatif et du Sénat et défend en 1815 la cause de l'Aiglon. Lui-même sert fidèlement l'Empereur et reste attaché à la cause de la famille Bonaparte.
Admis à Saint-Cyr, il passe à l'Ecole militaire de Saint-Germain le 30 mars 1812. Il fait la campagne de Russie au 8e de hussards. Son régiment ayant été presque entièrement détruit à Leipzig, il entre dans l'état-major impérial avec lequel il fait la campagne de 1814. Il se distingue particulièrement sous les murs de Reims. Officier d'ordonnance de l'Empereur pendant les Cent-Jours, il sert à Waterloo.
La Restauration ne pardonne ni au père, ni au fils, leur attachement à l'Empereur. Le fils est renvoyé dans ses foyers avec le grade de lieutenant alors que Napoléon l'a nommé chef d'escadron. Le 28 août 1815, il est rayé des contrôles pour avoir suivi son père en exil, aux Etats-Unis. En 1816, ils reviennent en Europe et tandis que Regnaud de Saint-Jean d'Angély est de retour en France, son père, toujours proscrit, se réfugie à Liège. Ce dernier, autorisé à rentrer en France grâce à Decazes arrive à Paris le 10 mars 1819 et meurt le lendemain dans les bras de son fils.
On comprend aisément qu'il ne cherche pas à être employé par les Bourbons. En 1825, il réalise son modeste patrimoine et rejoint en Grèce le colonel Fabvier, alors au service de ce pays. Il est chargé d'organiser et d'instruire un corps de cavalerie. En 1828, il suit comme volontaire l'expédition du général Maison en Morée. Son grade de capitaine lui est alors reconnu et il revient en France après la délivrance de la Grèce.
Il prend une part active à la révolution de Juillet à la suite de laquelle il est exceptionnellement reconnu dans le grade de chef d'escadron que lui avait conféré l'Empereur lui-même en 1815.
Nommé lieutenant-colonel du 1er chasseurs, devenu 1er lanciers, il fait la campagne de Belgique. Maréchal de camp en 1841, il occupe différents commandements et lors des évènements révolutionnaires de février 1848, il se distingue par la fermeté de sa conduite et l'ordre qu'il sait maintenir dans sa brigade de cavalerie à Versailles. Promu général de division la même année, en 1849 il commande les troupes terrestres du corps expéditionnaire envoyé devant Rome sous l'autorité du général Oudinot. En 1851, il est brièvement ministre de la Guerre, puis approuve le coup d'Etat du 2 décembre à la suite duquel il entre au Sénat dont il est l'un des vice-présidents. Exerçant divers commandements importants dans la cavalerie, en 1854, lorsque Napoléon III créé la Garde impériale, il s'en voit confier le commandement.
En 1855, il fait un séjour de quelques mois en Crimée, au siège de Sébastopol, et à son retour en France reprend le commandement des troupes de la Garde qui y sont stationnées. A la fin de la campagne d'Orient et au retour des autres troupes de la garde il est nommé commandant en chef de la Garde impériale, le 6 avril 1856.
En 1857, il est major général du camp de Châlons et en 1859, pendant la guerre d'Italie, à la tête de la Garde il prend une part déterminante à la victoire de Magenta : durant quatre longues heures elle est décimée pour l'honneur du drapeau en attendant des renforts. Selon Moltke, le stratège prussien qui nous a fait tant de mal en 1870, c'est la résistance de la Garde impériale et le renfort de la brigade Picard qui ont assuré la victoire de Magenta. Regnaud de Saint-Jean d'Angély y conquiert son maréchalat. Peu après, à Solférino, le nouveau maréchal se met encore à l'honneur et c'est la Garde impériale qui perce le centre ennemi.
En 1864, par décret du 20 novembre, il est confirmé dans le titre de comte héréditaire conféré à son père, avec réversion en faveur du mari de sa fille adoptive.
Sa santé se dégradant avec l'âge, le 15 octobre 1869, et sur sa demande, il est relevé de son commandement de la Garde impériale et meurt à Cannes le 1er février 1870.

Ronald Zins, Les Maréchaux de Napoléon III, Horvath, 1997.


Le maréchal Niel

niel2.jpgLe maréchal Niel est né le 4 octobre 1802 à Muret et décédé le 13 août 1869 à Paris.

Après des études faites à Toulouse, Niel entre à l'Ecole polytechnique en 1821. Il en sort deux ans plus tard avec le grade de sous-lieutenant, pour entrer à l'Ecole d'application du génie à Metz.
Il poursuit sa carrière en participant à divers travaux de défense en France, puis en 1836 part pour l'Algérie. Il commande l'une des colonnes d'assaut lors de la prise de Constantine et y commande le génie.
De retour en France, il est employé aux travaux de fortifications de Paris, occupe divers postes et en 1849, est nommé chef d'état-major du génie au corps expéditionnaire de la Méditerranée. Il s'illustre au siège de Rome, où il est légèrement blessé. Nommé général de brigade, il est chargé d'annoncer au pape la nouvelle de la reddition de la ville éternelle. Pie IX tient à remercier le messager et lui exprime le désir de lui offrir personnellement un témoignage de reconnaissance. Niel répond qu'il serait heureux d'obtenir un souvenir pour son épouse. Le pape offre son propre chapelet pour madame Niel et confère au général la croix de commandeur de Saint-Grégoire le Grand.
Succédant à Vaillant au commandement du génie du corps expéditionnaire, l'année suivante Niel obtient le poste de chef du service du génie au ministère de la Guerre.
Conseiller d'Etat en 1852, général de division en 1853, en 1854 il accompagne Baraguey d'Hilliers dans la Baltique, en qualité de commandant du génie de l'expédition. Il participe à la prise de Bomarsund après un siège de cinq jours. En souvenir il ramène la croix qui coiffait l'église orthodoxe de la citadelle russe. De plus en plus apprécié par Napoléon III, il en devient l'un des aides de camp, le 8 janvier 1855.
Il est chargé par l'Empereur d'aller en Crimée et de faire un rapport sur la situation de l'armée et la conduite des opérations. Cette mission délicate l'oppose souvent à Pélissier. Au mois de mai il commande le génie de l'armée d'Orient et concourt à la prise de Sébastopol.
Esprit fin, instruit et de nature gaie, Niel est chargé par l'Empereur de négociations avec le roi Victor-Emmanuel II et Cavour, en vue de la conclusion d'une alliance et au sujet du mariage du prince Napoléon.
En 1859, il commande la 4ème corps de l'armée d'Italie et s'il contribue à la victoire de Magenta, c'est à Solférino, qu'il gagne vaillamment son bâton de maréchal. Il y montre des qualités hors ligne de tacticien et fait preuve de savoir, d'énergie et de sang-froid.
Maréchal de France le 25 juin 1859, Niel occupe des fonctions importantes et en 1867, remplace Randon au ministère de la Guerre. Il tente de réussir là où Randon a échoué et poursuit énergiquement une politique de réforme visant à renforcer les effectifs de l'armée française et à améliorer ses structures et son armement. Il se heurte dans son entreprise à l'aveuglement du Corps législatif. La loi sur la création d'une garde mobile subit de tels amendements que ses dispositions en deviennent illusoires. Niel est miné par ses efforts stériles et un soir, à la fin d'une partie de billard, il confie à un officier d'ordonnance : "Vous verrez ! les Prussiens feront sur nous le bond de la panthère." Depuis plusieurs années il souffre de la maladie de la pierre et son épuisement au ministère avait accéléré la dégradation de sa santé. Il doit s'aliter et est opéré par Nélaton. Le 13 août 1869, entouré de toute sa famille, il expire à son domicile parisien, 90 rue Saint-Dominique.
D'importantes cérémonies funèbres ont lieu au ministère et aux Invalides. Toutes les troupes de la garnison de Paris, toute la Garde, sous les ordres de Canrobert, défilent devant le catafalque du maréchal Niel. Le corps est ensuite transporté à Muret et Le Boeuf, qui avait été désigné par Niel pour le remplacer, prononce un émouvant discours.
Le maréchal Niel était grand, avec des traits réguliers, des cheveux un peu crépus et relevés. D'une correction parfaite, s'exprimant clairement il avait des dons d'orateur. Excessivement instruit, travailleur infatigable, il savait se tenir à ses idées. Honnête et droit, il accomplit son devoir même lorsque la mission était déplaisante, comme en Crimée, et ne profita jamais de sa puissance pour se faire respecter. Ainsi, alors qu'il était ministre de la Guerre, il prit le train en tenue civile et trois élèves de Saint-Cyr montèrent dans son compartiment. Les jeunes gens allumèrent leurs cigares et Niel alluma le sien ; puis, comme la fumée devenait intense, il ouvrit la fenêtre de son côté. "Il fait froid ici" dit un des futurs officiers et il releva la vitre sans en demander la permission. Le maréchal rabaissa la fenêtre et le saint-cyrien la remonta. Alors, Niel, d'un violent coup de coude, fit voler la vitre en éclats en disant calmement : "Lorsque je fume, j'ai besoin d'air." "Monsieur, s'écria l'élève de Saint-Cyr, c'est une insulte, vous m'en rendrez raison. Je me nomme un tel, de la 4ème cie du bataillon de Saint-Cyr." "Très bien, monsieur, répondit Niel, je n'ai pas de carte sur moi, je vous en enverrai une demain et à votre prochaine sortie je serai à vos ordres." Arrivé à Versailles, le train s'arrête et Niel appelle le chef de gare. "Vous ferez remettre cette vitre à mes frais, lui dit-il." Puis il descend de wagon accompagné respectueusement par le chef de gare. Etonnés les saints-cyriens demandent à un employé quel est ce monsieur. "Vous ne le connaissez pas ? C'est votre ministre, le maréchal Niel."
Le dimanche suivant, le maréchal, qui devait visiter Saint-Cyr, se rendit à l'école. Passant le bataillon en revue et reconnaissant son bouillant adversaire, il dit au général commandant, de façon à être entendu du saint-cyrien : "Est-ce que vos jeunes gens sont frileux ?" Ce fut la seule vengeance du maréchal qui raconta son aventure au commandant de l'école sans lui nommer le coupable.
Lors de la campagne d'Italie, après la bataille de Solférino, un malentendu avait dressé Canrobert contre Niel et les deux hommes faillirent se battre en duel. Baraguey d'Hilliers et Mac Mahon avaient même déjà accepté d'être les témoins de Canrobert. Le diffréend dissipé les deux hommes se réconcilièrent. A la fin de sa vie, Canrobert fut interrogé sur cette affaire et sa réponse fut un hommage aux qualités de ministre du maréchal Niel : "Je n'aime plus parler de cela, dit-il... Je me suis réconcilié complètement avec le maréchal Niel et puis j'ai vu mieux que personne ce qu'il a fait lors de son ministère. J'ai assisté à ses efforts ; j'ai été témoin de ses désespoirs, de ses dégoûts ; je sais les responsabilités effroyables qu'il n'a pas hésité à prendre pour assurer au pays les moyens de défense que le Corps législatif refusait. Jamais, jamais, voyez-vous, on ne saura ce que le maréchal Niel a fait en ces circonstances. C'est le désespoir de sentir qu'il ne pouvait pas préserver notre pays d'un désastre certain qui l'a tué. Comment, après cela, puis-je avoir d'autres souvenirs de lui ?"

Ronald Zins, Les Maréchaux de Napoléon III, Horvath, 1997.


Le maréchal Pélissier, duc de Malakoff

pelissier4.jpgLe maréchal Pélissier, duc de Malakoff est né le 6 novembre 1794 à Maromme et décédé le 22 mai 1864 à Alger.

Si le "J'y suis, j'y reste" de Mac Mahon est l'un des mots les plus fameux des maréchaux de Napoléon III, le physique de Pélissier est au moins aussi célèbre que celui de Canrobert. La tête est forte et garnie de cheveux blancs coupés ras. Les yeux sont noirs. Le front est haut et large, le nez ni aquilin ni droit a de l'ampleur à la base, de la rondeur à l'extrémité. Les lèvres un peu épaisses et la moustache taillée en brosse, laissent apparaître une très petite impériale. Les épaules sont larges et carrées, la poitrine bombée, le buste long et la cuisse courte.
Après un début de carrière dans l'artillerie, Pélissier passe dans le corps d'état-major en 1819. Il est de tous les maréchaux de Napoléon III, celui qui a côtoyé le plus grand nombre de généraux en qualité d'aide de camp. En effet, de 1823 à 1839, Pélissier a été aide de camp des généraux Grundler, Bourke, Vallin, Ledru des Essarts, Janin, Durrieu, de La Roncière, Pelet, Reille, Blancard et Faudoas.
En 1823, il fait campagne en Espagne et mérite les croix de la Légion d'honneur et de Saint-Ferdinand d'Espagne. En 1828, il participe à la campagne de Morée et à cette occasion reçoit la croix de Saint-Louis. En 1830, c'est l'Algérie et Pélissier est promu chef d'escadron. Après un long séjour en France, il retourne en Algérie et en 1844 commande l'aile gauche française à la bataille d'Isly. L'année suivante, couvert par Bugeaud, il enfume et fait périr 500 insoumis de la tribu des Ouled-Riah, réfugiés dans les grottes du Dahra.
Nommé maréchal de camp en 1846, puis général de division en 1850, Pélissier occupe à plusieurs reprises les fonctions de gouverneur général de l'Algérie à titre temporaire. Lors du coup d'Etat du 2 décembre 1851, il maintient le calme en Algérie et s'attend à être nommé définitivement à cet emploi. Aussi, lorsque Randon est nommé gouverneur général de l'Algérie, en dédommagement de son ancien poste de ministre de la Guerre, Pélissier en conçoit une certaine amertume. De là, semble-t-il, date son animosité à l'égard de Randon qu'il appelle le petit triomphateur ou le petit raidillon.
En 1854, il n'est pas de ceux qui partent les premiers en Orient, mais les difficultés de la campagne imposent de nouveaux renforts. En 1855, Pélissier est nommé au commandement du 1er corps de l'armée d'Orient. Alors les soldats font connaissance avec son caractère pour le moins spécial. Le dragon Mismer en parle ainsi dans ses souvenirs : "... à la fin du mois d ejanvier, je vis un général... il montait fort mal un magnifique cheval barbe, taillé comme un percheron, dont la crinière et la queue tombaient jusqu'à terre. En passant, il demanda quelque chose à un officier du train et sans lui laisser le temps d'achever sa réponse, il le traita d'espèce avec une voix de butor qui semblait sortir du nez. C'était le général Pélissier venant de débarquer pour prendre le commandement du 1er corps..."
Quelques mois plus tard, Pélissier s'impose au point que Canrobert, incapable d'assumer plus longtemps son commandement, lui confie l'armée d'Orient avec la bénédiction de Napoléon III.
Pélissier fait preuve d'abnégation et sait patiemment conquérir Sébastopol, mais durant le siège ses relations avec ses subordonnés ont été parfois difficiles. Il se heurte à Niel, qui écrit : "Canrobert dit bien que ce n'est pas un aigle, mais un vautour qu'il a mis à sa place." C'est avec Bosquet que les contacts sont souvent tendus, car il reconnaît probablement en lui un puissant rival. D'ailleurs, Bosquet possède une lettre de service de l'Empereur, lui donnant le commandement en chef au cas où Pélissier ne pourrait plus l'assurer. Niel, toujours lui, note dans ses rapports à Vaillant : "Vous dire les colères de Bosquet est chose impossible. Du reste, les procédés dont il est l'objet sont incroyables." En effet, Pélissier exige de tous une obéissance aveugle et Bosquet, d'une intelligence supérieure et fort instruit, ne peut le supporter. Il s'écrie : "C'est une infamie ! C'est une indignité ! Mais je ne suis réduit à ce rôle de caporal que depuis l'avancement de Monsieur Pélissier." Toutefois, Pélissier reconnaît les hautes capacités de son jeune subordonné en lui demandant de dresser les plans d'attaque pour l'assaut final.
Promu maréchal, puis nommé sénateur, Pélissier est le premier maréchal du second Empire créé duc. En effet, l'Empereur le nomme duc de Malakoff le 22 juillet 1856 avec une dotation de 100 000 Frs. C'est à son retour d'Orient, en débarquant à Marseille, que Pélissier apprend par un aide de camp de Napoléon III, qu'il est anobli. Le 4 août, il s'arrête à Lyon chez Castellane qui note : "Le maréchal Pélissier... est petit, gros, spirituel ; notre conversation a été fort amicale."
Vice-président du Sénat, il est aussi nommé ambassadeur à Londres en 1858. Toutefois, il est étonnant que cet homme comblé d'honneurs, ne participe pas à la campagne d'Italie : Baraguey d'Hilliers et Regnaud de Saint-Jean d'Angély y participent alors qu'ils ont sensiblement le même âge que le duc de Malakoff. Il est relégué au commandement supérieur des divisions de l'Est, pour faire face à d'éventuels mouvements de la Prusse.
Grand chancelier de la Légion d'honneur, Pélissier occupe enfin les fonctions dont il rêvait avant la proclamation de l'Empire : il est nommé gouverneur général de l'Algérie et meurt à son poste en 1864.
Pélissier était un caractère et cette catégorie de gens est souvent fort mal jugée car elle n'a pas la souplesse de principes qui permet de plaire à tous. Il n'était ni flatteur, ni courtisan du pouvoir. D'une grande franchise, il vouait une haine instinctive à l'intrigue et aux intrigants. Il n'en fallut pas plus pour qu'il passa pour un ours mal léché. Ce qui déplaisait chez lui, c'était son humour caustique et certains mots cruels. Il avait parfois ses mauvais jours et la réplique vive. Alors qu'il était maréchal de France, il participa un jour à une réunion au ministère de la Guerre. Grand fumeur, il arriva à la réunion du Comité avec un magnifique cigare aux lèvres. Un des maréchaux présents se permit de lui faire une observation pour lui rappeler de ne pas fumer au ministère. Pélissier lui répondit vivement : "Je savais que vous aviez peur du feu, monsieur, mais j'ignorais totalement que vous craigniez même la fumée."
Il est certain qu'avec de tels comportements on s'attire immanquablement des inimitiés. La mauvaise réputation de Pélissier était à moitié méritée car sous une apparence rude, il cachait un caractère bienveillant et un coeur sensible.
Au matin de l'assaut décisif de Malakoff, le 8 septembre 1855, le colonel Cassaigne, aide de camp de Pélissier, fut mortellement touché. Pélissier s'étonna de ne pas le voir à ses côtés : "Cassaigne est mort, car un jour comme celui-ci, à moins d'avoir un membre emporté, il serait près de moi." Sachant le général très lié à son aide de camp, on tenta de lui cacher la vérité et il lui fut répondu : "Mon général, je vous assure que le colonel est à l'ambulance." Le soir, la victoire acquise, Pélissier voulut voir son aide de camp : "Allons voir Cassaigne, dit-il à l'un des officiers qui venait lui annoncer que le repas du soir était servi ; allons voir Cassaigne, nous souperons après." Un officier qui n'était pas dans la confidence du mensonge répétée depuis le matin, dit à ce moment : "Mais, mon général, Cassaigne est mort." Alors, Pélissier, qui était resté imperturbable durant des mois au milieu des hommes qui tombaient morts autour de lui, Pélissier se décomposa et pleura à la vue de tous en disant : "J'ai perdu mon meilleur ami." Et il se couvrit le visage de ses mains.

Ronald Zins, Les Maréchaux de Napoléon III, Horvath, 1997.


Le maréchal Canrobert

canrobert3.jpgLe maréchal Canrobert est né le 27 juin 1809 à Saint-Céré et décédé le 28 janvier 1895 à Paris.

Alors que son père, officier de l'Ancien Régime, sert à l'armée de Condé et émigre en 1791, son demi-frère, Antoine, brillant officier issu de Saint-Cyr est tué par un boulet de canon à Fleurus le 16 juin 1815, en combattant pour l'Empereur. Lui-même, après avoir été orléaniste, est dès 1851 un fidèle serviteur du régime bonapartiste.
Elève de Saint-Cyr en 1826, Canrobert sert au 47ème régiment d'infanterie de ligne de 1828 à 1840. En 1835, il part une première fois pour l'Algérie et rentre en France en 1839. Capitaine adjudant-major, il demande, en 1840, à retourner en Afrique. Versé au 6ème bataillon de chasseurs à pied le 17 octobre 1840, Canrobert est de retour en Algérie en 1841 et y demeure jusqu'en 1850.
Il sert dans plusieurs régiments d'infanterie de ligne et d'infanterie légère et, colonel le 8 novembre 1847, commande le 2ème régiment d'infanterie de ligne, le 2ème régiment de la Légion étrangère puis le régiment de Zouaves. Il débloque le poste de Bou Saada et monte l'un des premiers à l'assaut de Zaatcha en 1849. Il en hérite la cravate de commandeur de la Légion d'honneur.
Nommé général de brigade le 13 février 1850, il est rappelé à Paris et y commande différents corps de troupes. Il adhère au coup d'Etat et sa brigade est l'une de celles qui opèrent sur les boulevards dans les jours qui suivent. Tout en conservant le commandement de la 3ème brigade de la 1ère division de l'armée de Paris, il est nommé aide de camp du prince président le 17 février 1852. Général de division le 14 janvier 1853, il est maintenu dans ses fonctions d'aide de camp de l'Empereur.
Lorsque la campagne d'Orient est décidée, Canrobert est désigné pour accompagner Saint-Arnaud, Bosquet, Forey et le prince Napoléon. Après la victoire de l'Alma où il est blessé, il remplace Saint-Arnaud, mourant, à la tête du corps expéditionnaire en Crimée. Le 16 mai 1855, en mésentente avec lord Raglan commandant le corps expéditionnaire anglais, ne supportant plus les pressions en provenance de Paris, Canrobert abandonne son poste au profit de Pélissier. Cet évènement ne porte pas atteinte au courage de Canrobert, mais il illustre son incapacité à assumer des responsabilités trop lourdes et à supporter des situations conflictuelles.
Commandant du 1er corps de l'armée d'Orient le 16 mai 1855, Canrobert reprend à sa demande le commandement de son ancienne division, devenue 1ère division d'infanterie du 2ème corps. Cette situation étant moralement difficile, Napoléon III insiste pour qu'il renter en France et après plusieurs refus, par fierté, de Canrobert, il le nomme à nouveau aide de camp et lui intime l'ordre de rentrer à Paris occuper ses fonctions.
De retour en France et toujours aussi populaire, Canrobert est nommé d'abord sénateur le 17 août 1855, puis maréchal en même temps que Bosquet et Randon, le 18 mars 1856.
En Italie, Canrobert commande le 3ème corps de l'armée et s'illustre à la bataille de Magenta en tenant la position clé de Ponte-di-Magenta. A Solferino, un malentendu l'oppose à Niel quant à l'assistance qu'il lui prêta pendant la bataille. Mais le différend est aplani et les deux hommes restent ensuite en bons termes.
De 1859 à 1862, Canrobert exerce les fonctions de commandant supérieur du 3ème corps d'armée à Nancy. Chargé du commandement des troupes réunies au camp de Châlons le 10 mars 1862, quelques mois plus tard, le 14 octobre, il prend le commandement supérieur du 4ème corps d'armée à Lyon, en remplacement de Castellane, décédé le 16 septembre.
Le 22 juin 1865, il est nommé au commandement supérieur du 1er corps d'armée et de la 1ère division militaire à Paris, en remplacement de Magnan, décédé le 29 mai. Canrobert exerce ce commandement jusqu'à l'entrée en guerre contre la Prusse et le 17 juillet 1870, il est à la tête du 6ème corps de l'armée du Rhin.
Le 12 août, il refuse de prendre le commandement de l'armée du Rhin, effrayé par les responsabilités qui en découlent ; il abandonne ce commandement vicié à Bazaine et est un subordonné obéissant.
Il ne prend aucune part à la bataille de Borny, le 14 août 1870, mais s'illustre par son héroïque résistance à Gravelotte, le 16 août. Deux jours plus tard, le 18 août, à Saint-Privat il décime la garde royale prussienne ; faute de munitions et de renforts il abandonne sa position. Il participe encore aux combats de Sainte-Barbe, Noisseville et Ladonchamps mais encerclé dans Metz avec l'ensemble de l'armée du Rhin, il est prisonnier le 28 octobre 1870.
Après plusieurs mois de captivité il est libéré et regagne la France en mars 1871. Il occupe dès lors différentes fonctions militaires jusqu'en 1883 et fait une carrière politique dans le groupe de l'Appel au peuple, en étant élu sénateur du Lot en 1876 puis sénateur de la Charente en 1879, fonction qu'il occupe jusqu'en 1894. Fidèle à la mémoire de Napoléon III, il assiste aux funérailles de l'Empereur, le 15 janvier 1873 en Angleterre. Lui-même s'éteint dans son domicile parisien le 28 janvier 1895. Il était le dernier maréchal de Napoléon III encore en vie.
Agréable de sa personne, le maréchal était éloquent à ses heures, doué d'une chaleur de langage imagée et inspirait une confiance sans borne à ses soldats. Au feu il était d'un entrain irrésistible mais dans le commandement il se montrait parfois incertain, manquant de confiance en lui.

Ronald Zins, Les Maréchaux de Napoléon III, Horvath, 1997.


Le maréchal de Mac Mahon, duc de Magenta

macMahon1.JPGLe maréchal Mac Mahon, duc de Magenta est né le 13 juin 1808 à Sully et décédé le 17 octobre 1893.

Le maréchal de Mac Mahon naît dans le magnifique château de Sully, en Saône-et-Loire, et est baptisé dans la petite église qui se trouve dans un angle du parc. Il commence ses études au petit séminaire d'Autun et à 17 ans entre à l'Ecole militaire de Saint-Cyr. En 1827, il passe à l'Ecole d'application d'état-major et en 1830 il s'embarque pour l'Algérie.
De 1827 à 1840, il exerce les fonctions d'officier d'état-major et est aide de camp des généraux Achard, Bellair, Bro, Damrémont, d'Houdetot et Changarnier.
Lors de la formation des dix premiers bataillons de chasseurs à pied, Mac Mahon est nommé au commandement du 10ème bataillon, qui avait un refrain démontrant son attachement à son nouveau chef : "Dixième bataillon, Commandant Mac Mahon, N'a pas peur du canon, Nom d'un nom !"
A la tête de son bataillon, Mac Mahon se forge une belle réputation et Bugeaud le propose pour l'avancement. Il est alors nommé lieutenant-colonel du 2ème régiment étranger que l'on organisait à Bône. Il passe ainsi trois ans à la Légion étrangère avant d'être nommé colonel dans la ligne.
C'est en Algérie que Mac Mahon vit les évènements de 1848 puis de 1851. Divisionnaire en 1852, c'est avec la guerre de Crimée qu'il devient un personnage de premier plan e accomplit une prodigieuse carrière. Saint-Arnaud le connaît depuis l'Algérie et avant de s'embarquer pour la Crimée, il écrit à Vaillant qu'il préfèrerait Mac Mahon pour commander la division confiée à Forey : "Permettez-moi de recommander à votre choix le général de Mac Mahon pour la commander ; c'est un officier de guerre complet." Ce n'est que l'année suivante et après le décès de Saint-Arnaud que Mac Mahon part pour Sébastopol. Le 4 août 1855, il est nommé au commandement de la 1ère division d'infanterie du 2ème corps de l'armée d'Orient. Le 8 septembre, il s'illustre par son intrépidité lors de la prise de la tour de Malakoff ; il y prononce son célèbre : "J'y suis, j'y reste" ! Le drapeau de marine tricolore, qu'il a emprunté pour le planter sur les positions conquises, témoigne de l'ardeur des combats : il est troué de quarante-deux balles et trois boulets.
A la suite de ce fait d'armes, Mac Mahon est nommé sénateur, retourne en Algérie et participe à la pacification de la grande Kabylie. Le 22 avril 1859, il est nommé au commandement du 2ème corps de l'armée d'Italie et avec Regnaud de Saint-Jean d'Angély et Canrobert, est l'artisan de la victoire de Magenta, le 4 juin. Le lendemain il est nommé simultanément maréchal de France et duc de Magenta. Le 24 juin suivant, le maréchal prend une part importante à la victoire de Solférino et à son retour en France occupe divers commandements. En 1861, il représente la France au couronnement de Guillaume Ier, roi de Prusse et en 1864, il remplace Pélissier, décédé, au poste de gouverneur général de l'Algérie. Il occupe cette fonction jusqu'à son rappel en France en 1870.
Commandant le 1er corps de l'armée du Rhin le 17 juillet 1870, Mac Mahon accumule les erreurs en Alsace. Il ignore les appels des Wissembourgeois qui signalent d'importantes troupes massées à la frontière et le 4 août, lorsque la ville est attaquée, il est encore à Strasbourg. Il n'arrive en vue du champ de bataille qu'en fin de journée pour constater la défaite des troupes françaises. Le 6 août, toujours aussi négligent (pas de reconnaissances pour connaître les mouvements de troupes ennemies), il est surpris par les Bavarois et Prussiens. Alors qu'il peut refuser le combat et retraiter au-delà des Vosges, comme le suggèrent Ducrot et Raoult, sûr de vaincre il accepte le combat et subit une lourde défaite. L'héroïsme des soldats français, notamment les cuirassiers et les turcos, n'y change rien. A l'infériorité numérique s'est ajouté l'incompétence du chef.
Après une éprouvante retraite sur le camp de Châlons, Mac Mahon prend le commandement de la nouvelle armée qui s'y forme et, accompagné par l'Empereur, il est à nouveau battu à Sedan, le 1er septembre 1870. Blessé, prisonnier de guerre le 2 septembre, il est détenu à Wiesbaden et libéré au mois de mars 1871.
Le 5 avril 1871, il est nommé au commandement de l'armée de Versailles et reprend Paris à la Commune. Membre du Conseil supérieur de la guerre en 1872, le maréchal est élu président de la République par l'Assemblée nationale, le 24 mai 1873. Il démissionne de ses fonctions le 30 janvier 1879, refusant de signer un décret qui notamment met en disponibilité cinq généraux, anciens compagnons d'armes du maréchal.
Il partage dès lors son temps entre son hôtel parisien, 70 rue de Bellechasse, et le château de La Forêt à Montcresson, dans le Loiret.
Au début de l'année 1893, la santé de Mac Mahon donne des inquiétudes à son entourage. Des troubles digestifs, des douleurs de reins l'affaiblissent. Le 8 octobre, le maréchal s'alite et il s'éteint le 17 suivant dans son château de La Forêt.
Les obsèques intimes ont lieu dans la petite église de Montcresson, le 21 octobre 1893. Le lendemain à l'église des Invalides se déroulent les funérailles nationales auxquelles assistent Canrobert, dernier maréchal survivant et qui décèdera en 1895.
Doté d'un coup d'oeil tactique remarquable, Mac Mahon était un très bon chef de corps d'armée mais montra son incapacité à conduire une armée nombreuse. Castellane, qui avait vu tant de futurs officiers généraux passer sous ses ordres au cours de sa longue carrière écrivit à son sujet le 30 décembre 1859 : "Avec toute sa gloire, je m'étonne toujours de son peu de portée. Il a des sentiments honnêtes et nobles ; dans le monde, il est fort timide, ce qui vient peut-être de ce qu'il est embarassé pour la discussion. Nous sommes très bien ensemble." Le 22 octobre 1860, il poursuivit ainsi : "...Le maréchal de Mac Mahon, brillant soldat, élevé à l'écolde d'Afrique, ne voit que la guerre de tirailleurs et se soucie peu de la solide instruction militaire et des évolutions de ligne." Castellane analysait intelligemment les carences qui, dix ans plus tard, allaient conduire Mac Mahon à l'échec à Wissembourg, Woerth et Sedan.

Ronald Zins, Les maréchaux de Napoléon III, Horvath, 1997.


Le maréchal comte Randon

randon2.JPGLe maréchal comte Randon est né le 25 mars 1795 à Grenoble et décédé le 15 janvier 1871 à Genève.

Randon est issu d'une famille protestante originaire de l'Hérault. Il a pour oncles le révolutionnaire Barnave et le général d'Empire Marchand. Elève d'un lycée de Grenoble, il vit ses moments de liberté chez son oncle le général, à Saint-Ismier où il pratique l'équitation.
Engagé à 16 ans, il rejoint son oncle à Varsovie et est nommé sergent le 11 avril 1812. Participant à la campagne de Russie, sa conduite à la Moskowa lui vaut son épaulette de sous-lieutenant. Il vit les souffrances de la retraite et fait la campagne de 1813. Blessé deux fois à Lützen, il combat néanmoins à Bautzen, puis à Leipzig en qualité d'aide de camp de son oncle. En 1814, Il suit Marchand sur la frontière des Alpes pour défendre la Savoie et le Dauphiné.
Après la première abdication de Napoléon Ier, Marchand, rallié aux Bourbons, est maintenu dans son commandement de la 7e division militaire et conserve son neveu pour aide de camp.
Lors du vol de l'Aigle, Randon est dépêché à Laffrey pour veiller à ce que les troupes chargées d'arrêter la progression de Napoléon accomplissent leur mission. Il incite en vain le commandant du 5e de ligne à ouvrir le feu et est pourchassé par les cavaliers de l'Empereur. L'Empire rétabli, il s'y rallie avec son oncle Marchand. Après les Cent-Jours, son avancement est stoppé. Il doit attendre la monarchie de Juillet pour poursuivre sa progression dans la hiérarchie militaire.
Il passe en Algérie de 1838 à 1847. Dès qu'il est chef de corps, il montre ses aptitudes d'administrateur et est rapidement nommé maréchal de camp. Lieutenant-général en 1847, en 1848, il est promu directeur des Affaires de l'Algérie au ministère de la Guerre. Il occupe encore différents commandements en France et le 24 janvier 1851 il succède à Regnaud de Saint-Jean d'Angély au ministère de la Guerre. Refusant de participer au coup d'Etat du 2 décembre 1851, il est remplacé par Saint-Arnaud lors du changement de ministère, le 26 octobre 1851. Néanmoins, le prince président l'estime beaucoup et lui confie le poste de gouverneur général de l'Algérie au grand désappointement de Pélissier.
En 1852, Randon reçoit l'investiture du titre de comte de son oncle le général Marchand mort sans postérité. Il est aussi nommé sénateur et en 1856 élevé au maréchalat en même temps que Bosquet et Canrobert. En 1859, il remplace Vaillant au ministère de la Guerre et, en conflit avec l'Empereur quant à l'augmentation des effectifs de l'armée, il est lui-même remplacé par Niel en 1867. La même année, il abjure le protestantisme et se convertit au catholicisme.
En 1870, Randon est gravement malade. Il fait une cure à Evian, puis obtient l'autorisation de poursuivre ses soins à Genève. Miné par les tourments que lui causent les désastres militaires de l'armée et l'effondrement de l'Empire, il s'éteint le 13 janvier 1871. Une cérémonie funèbre a lieu à Genève le 17 janvier et le 11 octobre 1871, le corps arrive à Saint-Ismier. Les funérailles ont lieu le lendemain. Mac Mahon y représente le gouvernement.

Ronald Zins, Les Maréchaux de Napoléon III, Horvath, 1997.


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Les Ministres

  • Les Ministres par DISDERI dans les années 1850

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Jules Baroche

baroche.jpgMinistre présidant le Conseil d'Etat le 30 décembre 1852, ministre sans portefeuille le 3 décembre 1860, ministre de la Justice et des Cultes le 23 juin 1863.
Né à Paris le 18 novembre 1802, mort à Jersey le 29 octobre 1870.

Issu d'une famille de petits boutiquiers, mais ayant un oncle notaire, Pierre Jules Baroche, après son baccalauréat obtenu en 1820, travailla comme clerc chez un avoué, puis reprit ses études et devint avocat en 1823. Il acquit peu à peu une certaine notoriété dans des procès commerciaux et financiers et plaida à plusieurs reprises devant la Cour des pairs, en particulier en juillet 1847 comme défenseur du général Cubières, pair de France, ancien ministre, dans la fameuse affaire de corruption où Teste était également impliqué. Il s'était vainement présenté aux élections législatives en 1840, dans la Seine-et-Oise, puis à nouveau en 1842 et 1846. Il réussit enfin, en novembre 1847, avec le soutien de l'opposition dynastique et des radicaux, à conquérir un siège de député dans la Charente-Inférieure. Il s'associa à la lutte finale contre le ministère Guizot et contribua à sa chute.
Rallié sincèrement à la République, il représenta le même département à l'Assemblée constituante de 1848, puis fut réélu en mai 1849. Il y exerça une influence grandissante, prenant de plus en plus souvent la parole, pour soutenir la politique de reprise en main du pays menée par Cavaignac (pour lequel il semble avoir voté lors de l'élection présidentielle) puis par Odilon Barrot. Parallèlement nommé, en décembre 1848, procureur général près la cour d'appel de Paris, il seconda le gouvernement dans l'épuration de la magistrature et dans la lutte contre l'agitation montagnarde, requérant notamment dans des procès de presse, et en Haute Cour contre les accusés des journées du 15 mai 1848 et du 13 juin 1849. Il poursuivit son oeuvre de répression politique au ministère de l'Intérieur, qu'il occupa du 15 mars 1850 au 24 janvier 1851. Choisi pour sa fermeté et ses talents oratoires, il défendit devant l'Assemblée tous les projets restrictifs des libertés de presse, de réunion et d'association votés à cette époque, ainsi que la loi du 31 mai 1850 restreignant le suffrage universel (à l'élaboration de laquelle il avait d'ailleurs peu participé). Dévoué au Prince-président dans lequel il voyait un principe d'autorité et un rempart contre la subversion sociale, il le soutint contre les attaques de la majorité, tout en souhaitant une réconciliation entre eux (il tenta notamment d'empêcher la destitution de Changarnier mais s'y résigna finalement). Ecarté du ministère pendant les premiers mois de 1851, il revint au gouvernement le 10 avril, comme ministre des Affaires étrangères, mais dut démissionner le 14 octobre. Il était en effet, en désaccord avec Louis-Napoléon qui était décidé à abroger la loi du 31 mai, dont Baroche avait déclaré : "c'est le drapeau du gouvernement dont j'ai l'honneur de faire partie".
Il ne participa pas au coup d'Etat mais s'y rallia et contribua à la rédaction de la Constitution du 14 janvier 1852. Vice-président de la Commission consultative, puis du Conseil d'Etat (dont le président de la République était le président), il en devint le président le 30 décembre 1852, après le rétablissement de l'Empire. A ce poste, où il resta plus de dix ans, il jouait un rôle déterminant dans le processus d'élaboration des lois, en raison des attributions de ce corps sous le second Empire (rédaction des projets ; examen en dernier ressort des amendements proposés par les députés ; défense, au nom des ministres, des projets et de la politique du gouvernement devant les deux Assemblées), et aussi du fait qu'il siégeait au Conseil des ministres. Il était le principal orateur du gouvernement pendant tout l'Empire autoritaire. Pinard disait de lui un peu plus tard : "De telles situations, occupées avec éclat pendant une longue période, donnaient à M. Baroche une grande influence. Au Conseil (des ministres), il était très écouté ; à la tribune, il discutait avec clarté et avec ampleur, toujours maître de lui et n'irritant jamais. Sa puissance dans les débats publics était plutôt le raisonnement que l'éloquence. On peut ajouter que la modération de son esprit ajoutait à l'autorité de sa parole. Il aimait à entretenir avec tous des relations affables et à aider quiconque s'adressait à lui. S'il rencontrait des adversaires sur le terrain politique, il n'y trouvait pas d'ennemis." Il menait enfin le Conseil d'Etat avec autorité et fermeté, y faisant toujours triompher ses vues. Plus qu'un homme d'Etat, toutefois, Baroche était un avocat d'affaires plaidant la cause du gouvernement avec, selon l'ambassadeur d'Autriche, "une rare facilité à s'emparer des matières les plus hétérogènes, de les étudier et de les approfondir", et sachant convaincre, en professionnel talentueux et efficace. En 1860, face au développement d'une double opposition, et s'engageant dans une évolution libérale du régime (vote d'une adresse en particulier), Napoléon III étoffa la représentation gouvernementale devant les deux Assemblées en nommant trois ministres sans portefeuille. Baroche, à partir du 3 décembre, porta ce titre tout restant président du Conseil d'Etat ; mais il passa au second rang dans les débats législatifs, derrière Billault, plus apte que lui aux grandes luttes politiques. Lors du remaniement du 23 juin 1863, il devint à contrecoeur, ministre de la Justice et des Cultes ; et le 20 octobre, il entra au Sénat (auquel il n'avait pu être nommé jusque-là pour cause d'incompatibilité avec ses fonctions au Conseil d'Etat). Ces nominations apparurent aux contemporains comme une demi-retraite ; son épouse nota d'ailleurs dans son journal : "M. Baroche va se reposer au ministère de la Justice (...) de la mission brillante mais lourde qu'il remplissait depuis douze ans devant les Chambres et au Conseil d'Etat." Pendant six ans pourtant, il y accomplit une oeuvre importante. Il prit ses fonctions à un moment où les relations entre la France et le Saint-Siège, donc entre l'Empire et le clergé, étaient fortement assombries, au lendemain de l'unité italienne, par la question de l'intégrité de l'Etat pontifical. Catholique sincère, mais favorable à la liberté de conscience et à la soumission de l'Eglise à l'autorité de l'Etat, il mena une politique de stricte application du Concordat et des articles organiques. Nommant systématiquement des évêques gallicans et "amis de l'Empereur", il s'opposa à la publication de l'encyclique Quanta Cura et du Syllabus qui condamnaient les principes de 1789, à l'extension de la liturgie romaine dans le diocèse de Lyon, et protégea les évêques des empiètements de Rome. Ferme quant au fond, mais disposé aux ménagements dans la forme et aux bonnes manières dans les questions de détail, il atteignit à peu près le but qu'il s'était fixé : "Je croirais avoir bien mérité de l'Eglise, du pays et de l'Empereur, si je pouvais contribuer à un rapprochement que l'ignorance, les malentendus et les passions étroites peuvent seuls empêcher ou retarder." Mais s'il sut reconquérir les sympathies du haut clergé, il ne put empêcher le développement de l'ultramontanisme dans le bas clergé ni dans l'opinion catholique ; et il fut souvent en conflit avec le pape. Plutôt favorable aux protestants libéraux, mais en contradiction sur ce point avec ses collègues du gouvernement appartenant à la religion réformée, il maintint à peu près la neutralité de l'Etat dans leur conflit avec les protestants orthodoxes. Quoique convaincu que la rigueur des lois n'était plus aussi nécessaire qu'au lendemain de la révolution de 1848, il était hostile à l'octroi de libertés politiques plus larges ; mais vouant à l'Empereur une admiration et une confiance totales, il se résigna à l'évolution libérale voulue par celui-ci. Il en était de même pour les réformes judiciaires, dans lesquelles il voyait cependant un dérivatif aux revendications politiques. A partir de 1867, il reparut devant le Corps législatif, en raison d'une réforme constitutionnelle qui permettait de nouveau à certains ministres de défendre eux-mêmes leur politique. Ainsi il fut, une fois encore, plus l’exécutant ou l'avocat que l'initiateur des importantes lois qui ont marqué son ministère en autorisant les coalitions, permettant la liberté provisoire avec ou sans caution, même en matière criminelle, supprimant la contrainte par corps, libérant la presse, et rétablissant dans une certaine mesure le droit de réunion. En raison de l'agitation croissante, à laquelle il lui appartenait de faire face comme ministre de la Justice (par exemple dans l'affaire Baudin), sa popularité fut entamée et, après les élections de 1869, il fut sacrifié, comme Rouher : Napoléon III l'écarta du ministère lors du remaniement du 17 juillet. Celui-ci songea à lui pour la présidence du Sénat, rendue vacante par la mort de Troplong, comme il l'avait fait en 1865, à la mort de Morny, pour la présidence du Corps législatif. Mais il lui préféra finalement Rouher. C'est donc comme simple sénateur, resté cependant membre du Conseil privé, qu'il prit la parole à plusieurs reprises au cours de l'année 1870, d'abord résigné à l'expérience du ministère Ollivier puis, après le plébiscite, impatient de sa chute et d'un retour des vrais fidèles au pouvoir. Il ne survécut pas à la chute de l'Empire.

Francis Choisel in Dictionnaire du second Empire, dir. J. Tulard, Fayard.


Le duc de Morny

morny1.JPGMinistre de l'Intérieur du 2 décembre 1851 au 22 janvier 1852.
Né à Saint-Maurice (Suisse) le 17 septembre 1811, mort à Paris le 10 mars 1865. (Sa naissance fut déclarée le 22 octobre 1811 à Paris sous le nom de Demorny. Il prit lui-même l'appellation de comte de Morny en 1832 et fut fait duc par Napoléon III en 1862).

Fils naturel de la reine Hortense et du général comte de Flahaut, Charles Auguste de Morny était le demi-frère de Napoléon III par sa mère et le petit-fils de Talleyrand par son père. Député en 1842, à l'âge de 31 ans, il soutint Guizot jusqu'à sa chute puis, ayant fait la connaissance de Louis-Napoléon en 1849, il y attacha sa fortune. Etant l'un des principaux instigateurs et organisateurs du coup d'Etat, il vint prendre possession du ministère de l'Intérieur le 2 décembre au matin, seul et tranquillement, après avoir passé la soirée à l'Opéra et la nuit au Jockey-Club. Responsable du maintien de l'ordre pendant ces journées décisives, en liaison avec le préfet de police et avec le ministre de la Guerre, il exerça ses fonctions sans se départir de son humour désinvolte, et surveilla le déroulement du complot avec le plus parfait sang-froid. Cynique et sans scrupule, intraitable avec les chefs de la gauche, brutal avec l'agitation de la rue, il peut être tenu pour le principal responsable du sang qui coula en cette occasion et qui aurait pu être épargné, ainsi que de la dureté des mesures d'exception qui permirent la répression en province dans les semaines qui suivirent. En revanche, tout en s'assurant dans un premier temps de la personne des principaux chefs du parti de l'Ordre, il les ménagea autant que possible et les relâcha rapidement, préparant ainsi le ralliement de la plupart d'entre eux au nouveau régime, à l'occasion du plébiscite. Dans le même but, il propagea une interprétation conservatrice du coup d'Etat, pourtant réalisé contre l'Assemblée monarchiste, en développant la thèse du "péril rouge" et de la "jacquerie" : "Monsieur le Préfet, vous venez de traverser quelques jours d'épreuve : vous venez de soutenir en 1851 la guerre sociale qui devait éclater en 1852. Vous avez dû la reconnaître à son caractère d'incendie et d'assassinat. Si vous avez triomphé des ennemis de la société, c'est qu'ils ont été pris à l'improviste et que vous avez été secondé par les honnêtes gens." En vue du plébiscite, il demanda à l'Administration de peser de tout son poids sur l'opinion : "Dans le combat qui commencera bientôt, l'appareil de l'Etat ne peut pas rester impartial et inactif. Les fonctionnaires qui le représentent doivent déployer toute leur énergie pour prouver la supériorité de ses conceptions politiques." C'est dans le même esprit qu'il s'engagea dans la préparation des élections législatives, inaugurant le système des "candidatures officielles". Il s'attacha à faire désigner au Corps législatif des hommes "entourés de l'estime publique", ayant "fait fortune par le travail, l'industrie ou l'agriculture", "amélioré le sort des ouvriers" et "fait un noble usage de son bien", plutôt que des hommes politiques issus des anciens partis. Mais il n'eut pas le temps de mener à terme cette action, ayant démissionné, comme plusieurs de ses collègues, pour protester contre la nationalisation, par Louis-Napoléon, des biens de la famille d'Orléans. Celui-ci n'en fut pas mécontent, car il commençait à trouver un peu encombrant son demi-frère, qui avait de plus en plus tendance à se comporter comme son mentor, ne cachait plus sa parenté avec lui et tentait même de lui arracher sa légitimation. Sa disgrâce ne dura guère. Réélu dans le Puy-de-Dôme, il ne tarda pas à devenir président du Corps législatif (1854) où il se fit l'artisan d'une évolution sagement libérale du régime, tout en menant la vie qui avait toujours été la sienne, celle d'un homme d'affaires avisé, frivole et mondain, ne reculant pas devant les opérations financières douteuses. Tel il mourut en 1865.

Francis Choisel in Le Dictionnaire des Ministres, Perrin, 1990, dir. B. Yvert.


Eugène Rouher

rouher3.jpgMinistre de la Justice du 31 octobre 1849 au 24 janvier 1851, du 10 avril au 26 octobre 1851 et du 3 décembre 1851 au 22 janvier 1852. Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics du 3 février 1855 au 23 juin 1863 (avec l'intérim de l'Algérie et des Colonies du 7 au 24 mars 1859). Ministre présidant le Conseil d'Etat du 23 juin au 18 octobre 1863. Ministre d'Etat du 18 octobre 1863 au 17 juillet 1869 (avec le portefeuille des Finances du 20 janvier au 13 novembre 1867).
Né à Riom (Puy-de-Dôme) le 30 novembre 1814, mort à Paris le 3 février 1884.

Petit-fils de notaire, fils d'avoué, Eugène Rouher après un passage, comme boursier, à l'Ecole navale, s'orienta vers des études de droit et devint un des avocats d'affaires les plus réputés de Riom. Il échoua, comme candidat guizotin, aux élections législatives de 1846, mais fut élu deux ans plus tard à l'Assemblée constituante, comme républicain du lendemain, avec une profession de foi dans le ton du jour, mais contre la liste des républicains de la veille. Il appuya la politique conservatrice, vota en décembre pour Cavaignac et fut réélu en 1849 sur la liste du parti de l'Ordre. Rapidement rallié à la politique de l'Elysée, probablement recommandé à Louis-Napoléon par Morny, son collègue du Puy-de-Dôme, il reçut le portefeuille de la Justice le 31 octobre 1849, et, jusqu'à l'arrivée de Baroche, fut l'orateur principal du ministère. Il avait alors 35 ans. Il défendit avec vigueur et conviction la politique de reprise en main du pays après la tourmente révolutionnaire, et y participa en utilisant les procureurs pour obtenir d'eux des rapports mensuels sur "la situation morale et politique du département", qui devaient l'informer en particulier sur "les menées sourdes ou apparentes des partis" ; en ordonnant de nombreuses poursuites contre la presse montagnarde ; en faisant voter la loi de juillet 1850 sur la presse, dirigée contre "ces mauvais imprimés que l'on répand à bas prix dans les villes et dans les campagnes où ils propagent les préjugés, entretiennent les erreurs, excitent les passions et corrompent la conscience publique" ; en organisant la déportation pour les prisonniers politiques (en remplacement de la peine de mort, abolie en 1848 pour ce type de délits). Et il fit scandale lorsqu'il dévoila à la tribune le fond de sa pensée en s'exclamant : "ce grand ébranlement social produit par le 24 février (...) que je considérerai toujours, moi, comme une véritable catastrophe". Lorsque le Président et l'Assemblée furent en conflit ouvert, il répugna à rompre avec le parti de l'Ordre. Renversé le 19 janvier 1851, il retrouva son portefeuille le 10 avril mais l'abandonna le 26 octobre : il resta étranger au coup d'Etat, dans lequel il ne souhaitait pas se compromettre. Le 2 décembre, il alla même jusqu'à dégager complètement sa responsabilité en écrivant au directeur de l'Imprimerie nationale : "J'apprends par voie indirecte que des documents portant ma signature sont transmis pour être envoyés en province. Je suis entièrement étranger à ces actes et vous prie de ne pas y maintenir ma signature." On a d'ailleurs dit de lui plus tard qu'il "n'était pas de nature aventureuse, ni héroïque ; il savait profiter des audaces, non courir des risques". Il fut néanmoins nommé une nouvelle fois au ministère de la Justice, le lendemain, et accepta. Il participa alors à la répression en déférant les agitateurs aux tribunaux, en révoquant de nombreux juges de paix ; et il eut une part essentielle dans la rédaction de la Constitution de janvier 1852. Mais la confiscation des biens de la famille d'Orléans entraîna sa démission. Sa carrière se poursuivit alors au Conseil d'Etat dont il devint vice-président lorsque Baroche en fut nommé président. A la tête de la section de législation, de la Justice et des Affaires étrangères, il continua à avoir une influence importante dans la rédaction des projets judiciaires et dans leur défense au Corps législatif.
En 1855 s'ouvrit une nouvelle phase de sa vie politique : pendant huit ans, il allait, au ministère de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, avoir en charge l'économie française, conjointement avec le ministère des Finances. Il avoua par la suite : "Je n'étais point arrivé au ministère du Commerce avec des idées préconçues ; j'étais étranger aux matières auxquelles j'allais me consacrer. (...) Je n'ai point étudié les questions économiques dans les livres de théories." Mais, s'il était novice en ces matières, c'était un homme de dossiers, disposant d'une énorme puissance de travail, ce qui lui permit de devenir rapidement un des plus remarquables ministres "techniciens" du second Empire et d'accomplir une oeuvre grande et durable.
Il s'attacha dans tous les domaines à développer la prospérité, à favoriser les nouveautés et le progrès. Son passage au ministère fut marqué par une loi encourageant le drainage, par l'assainissement de la Brenne, des Dombes, de la Sologne, par le boisement des Landes, par de nombreux travaux d'endiguement des fleuves et des cours d'eau (après les inondations de 1856), par des travaux dans les ports, par la création d'assurances mutuelles contre la grêle et la mortalité du bétail. Il contribua au remarquable essor des chemins de fer, commencé depuis le début du règne, veillant avec une attention scrupuleuse aux intérêts du contribuable et à ceux des usagers ; c'est sous son administration que furent signées les conventions de 1857 qui répartissaient le réseau français entre six compagnies. Convaincu des vertus de la liberté économique et de la concurrence, il s'attacha à alléger la tutelle de l'Etat sur les sociétés anonymes en créant le S.A.R.L., décréta la liberté d ela boulangerie et, surtout, mena une politique commerciale résolument libre-échangiste, dont il resta jusqu'à la fin de sa vie l'avocat convaincu et zélé : il commença par supprimer progressivement les prohibitions, notamment pour l'entrée des matières premières, suspendu puis supprima l'échelle mobile sur les céréales, élargit le système des admissions temporaires, et fut le principal négociateur du traité de commerce de 1860 avec la Grande-Bretagne, dont MM. Chevalier et Cobden avaient eu l'initiative, et qui, préparé dans le plus grand secret, fut qualifié par les protectionnistes de "coup d'Etat douanier" ; il le compléta par des conventions douanières avec la Belgique, le Zollverein, l'Italie.
Napoléon III songea autour de 1860 à lui confier de nouvelles responsabilités. Il le fit entrer au conseil privé, lui proposa en novembre 1860 un poste de ministre sans portefeuille puis, en octobre 1862, le ministère de l'Intérieur. Rouher préféra rester au ministère des Travaux publics mais accepta finalement, dans le remaniement de 1863, la présidence du Conseil d'Etat puis, à la mort de Billault, quelques mois plus tard, le ministère d'Etat. Il eut alors en charge la défense au Corps législatif de l'ensemble de la politique gouvernementale. Il déploya dans ces fonctions tout son talent d'avocat. Les contemporains le décrivent comme "légèrement gêné par un reste de prononciation d'Auvergne" mais "orateur de premier ordre". "Excellant à résumer d'une vigoureuse synthèse l'opinion de ses adversaires", "flattant la majorité (bonapartiste) à son endroit sensible, en se collant à elle, en lui prouvant qu'elle était perdue si elle le perdait", "ayant une largeur d'aperçus, une sûreté de connaissance, une vigueur méthodique, une aisance puissante, une clarté d'exposition et une force de démonstration qui ont été rarement égalées", "il s'entendait admirablement à enlever le vote de la majorité par un de ces mouvements d'éloquence dont il a le secret". Ce qu'un homme de la rue résumait ainsi : "Il n'y en a pas un à la Chambre pour lui fermer le bec. Il a de la poigne et de la gueule et il les tient tous dans sa main."
Ses fonctions, comme son talent, l'amenèrent à prendre peu à peu de l'ascendant sur les autres ministres. Censé défendre leur politique, il s'imposa d'abord comme leur conseiller puis comme un véritable Premier ministre les dirigeant, disposant de la confiance totale de l'Empereur, et exprimant sa pensée. Il plaça des hommes à lui aux rouages importants de l'Etat et dans certains journaux, se constituant ainsi une clientèle et une presse fidèles. On parla alors à son sujet de "vice-empereur", de "grand vizir" ou de "rouhernement". Pendant six ans il personnifia la politique impériale. En matière internationale, il était dans le secret des combinaisons de Napoléon III ; partisan de la politique des nationalités, peu attaché au pouvoir temporel du pape en Italie, voyant sans crainte la croissance de la Prusse en Allemagne, il était fermement attaché à la paix, souhaitait le désarmement et la réduction des crédits militaires, et conseillait en toute occasion les attitudes de conciliation. A l'intérieur, de tempérament autoritaire, il freinait les réformes libérales engagées par Napoléon III. En janvier 1867, il ne put empêcher l'annonce de nouvelles libertés, qu'il avait déconseillées, et auxquelles il continua à s'opposer ; mais, en dépit d'une manoeuvre de Walewski et des partisans de l'évolution, il resta à son poste et reçut même en sus le portefeuille des Finances (Fould, malade, avait démissionné et ne voulait pas que son vieil adversaire, Magne, lui succédât). La double charge étant trop lourde, Rouher abandonna d'ailleurs ce portefeuille quelques mois plus tard. Concentrant toutes les attaques sur sa personne à une époque difficile pour l'Empire (surtout après 1867), il devint la cible de la presse et dut déployer des efforts de plus en plus grands face à un Corps législatif de plus en plus remuant, et sur lequel Thiers, réapparu en 1863, lui disputait l'ascendant (oppositions à l'expédition du Mexique, à la politique italienne, à la loi Niel, au libre-échange, critiques des autoritaires contre les concessions libérales, des libéraux sur la lenteur des réformes, attaques contre la faiblesse face à la politique prussienne, etc.). "Rouher est un avocat fort habile, disait le prince Napoléon, mais ce n'est pas un homme d'Etat. Toute son attention se concentre sur les moyens d'atténuer les difficultés. On vit ainsi au jour le jour." Et Persigny : "Tout le péril vient de deux hommes (Rouher et Baroche) qui personnifient l'impopularité dont le gouvernement de Napoléon III est frappé aux yeux d'une partie du public, dont le public est fatigué, ennuyé, presque honteux, de deux hommes (...) qui représentent précisément le système mesquin, bourgeois, de petites roueries (certains disaient rouheries), de petits expédients sans foi, sans conviction, sans moralité, sans grandeur, qui caractérisait le gouvernement de Louis-Philippe." Déjà, lorsqu'il était avocat à Riom, on avait pu dire : "Certains prétendent qu'il supplée à une notable insuffisance dans l'argumentation proprement juridique par des talents de procédurier et par l'art de la dissertation." Ceux qui l'accusaient de s'accrocher au pouvoir ajoutaient : "Qu'il prenne garde d'être le Guizot de la situation."
Les élections de 1869 furent pour lui un échec, en ce qu'elles confirmaient la nécessité d'une évolution libérale. Après avoir lu le message de Napoléon III du 12 juillet annonçant un nouveau pas dans la voie des réformes, il démissionna, déclarant en conseil : "Je suis fatigué, écoeuré des attaques, des injures dont je suis accablé depuis longtemps. Il y a six ans que je suis sur la brèche ; il faut que je m'éloigne ; sans cela on dira encore que je veux escamoter le message comme j'ai escamoté la lettre impériale du 19 janvier 1867." Nommé aussitôt président du Sénat, il garda un rôle de premier plan mais affecta de ne pas gêner la tâche de ses successeurs.
Après la chute de l'Empire, étant rentré à l'Assemblée nationale en 1872, il fut jusqu'en 1881 le véritable chef du groupe parlementaire bonapartiste, plaidant à chaque occasion la cause de l'Empire déchu et vilipendé, et travaillant sans relâche à une restauration impériale. Il reconquit là l'estime de ceux-mêmes qui, parmi les bonapartistes, l'avaient critiqué quand il était tout-puissant, tel Maupas : "Autant la critique est permise sur les actes de l'ancien ministre d'Etat, pendant son passage aux affaires, autant le respect se commande pour le sujet fidèle qui consacrait à ses souverains déchus jusqu'aux derniers restes de ses forces, jusqu'aux dernières heures de sa vie."

Francis Choisel in Le dictionnaire des ministres, Perrin, dir. B. Yvert.


Le comte Colonna Walewski

walewski4.jpgFils de Napoléon Ier et de Marie Laczynska, Florian Alexandre Joseph Colonna Walewski naît au château de Walewice (Pologne) le 4 mai 1810. Le comte Athanase Walewski, époux de Marie et staroste de Wareck reconnaît l'enfant par patriotisme et par souci de préserver les apparences. Néanmoins dès le 5 mai 1812 l'Empereur confère à Alexandre le titre de comte et constitue en sa faveur un majorat destiné à le mettre à l'abri du besoin. Après annulation de son mariage, Marie vient vivre avec son fils à Paris puis épouse en 1816 le comte Philippe Antoine d'Ornano. De cette seconde union naît Rodolphe d'Ornano. En décembre 1817, Alexandre perd sa mère. Un oncle qui a servi comme lieutenant-colonel dans les armées impériales devient son tuteur.
Successivement élève des Jésuites de Varsovie, d'une institution genevoise puis de l'Université de Varsovie, le jeune comte est soumis à une étroite surveillance par l'occupant russe. En 1827, il parvient à tromper la vigilance de la police et vient s'installer en France. Si le gouvernement Villèle est fort embarrassé par le fils de "l'usurpateur", il a le courage de refuser son extradition. Alexandre fréquente avec assiduité les salons. En 1828, il est l'un des premiers adhérents du Cercle de l'Union. En décembre 1830, il est chargé par Sébastiani, ministre des Affaires étrangères de Louis-Philippe d'une mission secrète auprès des insurgés polonais. Arrêté en Prusse, il parvient à s'échapper et s'acquitte de sa tâche. Il s'engage ensuite dans l'armée polonaise et ne tarde pas à être nommé capitaine et aide de camp du généralissime. Il reçoit la croix d'officier de l'ordre militaire de Pologne sur le champ de bataille de Grochow. Le gouvernement insurrectionnel l'envoie en mission en Angleterre. Après l'échec du soulèvement, Alexandre est de retour à Paris en 1832. Membre-fondateur du Jockey-Club en 1832, il joue beaucoup et monte fréquemment dans les steeple-chases. En août 1833, il entre au service de la France avec confirmation de son grade de capitaine et obtient la nationalité française en décembre. Il part pour l'Algérie, accomplit une mission auprès d'Abd-el-Kader et dirige pendant quelque temps le bureau des affaires arabes à Oran. Il est placé en inactivité en novembre 1837 puis finit par démissionner de l'armée en février 1841. Il s'essaie comme auteur dramatique mais sa pièce L'Ecole du monde ou la coquette sans le savoir jouée au Théatre-Français en janvier 1840 n'obtient pas beaucoup de succès. Il se lance également en politique. Il achète le Messager des Chambres et publie quelques brochures.
Devenu l'ami de Thiers, il s'oriente finalement sous son influence vers la diplomatie. Il accomplit quelques missions, en particulier auprès de Méhémet Ali avant d'être nommé ministre de France à Florence en mars 1846. Il est envoyé à la légation de Buenos-Aires en février 1847 e treste à ce poste jusqu'en septembre. La révolution de 1848 éclate alors qu'il vient d'être désigné comme ministre de France à Copenhague. Il ne peut finalement occuper ce poste. Il doit attendre l'accession à la présidence de la République de Louis Napoléon Bonaparte qu'il a rencontré à Londres dès 1831 pour se voir proposer un nouvel emploi. Il est envoyé à Florence en janvier 1849. Il passe à Naples en avril 1850 puis à Londres en juin 1851. Dans ce dernier poste, il fait merveille. Il obtient la reconnaissance de l'Empire par le gouvernement anglais et contribue beaucoup au rapprochement des deux monarchies. Celui-ci trouve sa concrétisation dans la participation commune à la guerre d'Orient et dans les visites de Napoléon III à Londres puis de Victoria à Paris en 1855. Le 26 avril de cette même année, Walewski est nommé sénateur. Il devient ministre des Affaires étrangères le 6 mai suivant. Il préside en cette qualité le Congrès de Paris qui met fin à la guerre de Crimée et signe le traité du 30 mars 1856. Il se montre par la suite très favorable aux intérêts catholiques. La politique de Napoléon III en Italie rend vite sa position intenable et il quitte le ministère le 28 décembre 1859. Il entre au Conseil privé et ne tarde pas à retrouver un portefeuille au gouvernement. En novembre 1860, il reçoit en effet le ministère d'Etat. Parmi ses nombreuses attributions, il se distingue surtout à la tête des Beaux-Arts (début de la construction du nouvel Opéra, préparation de la loi sur la propriété artistique et littéraire, acquisition de la collection Campana par le Louvre,...). Il abandonne ses fonctions en juin 1863.
Après le décès du duc de Morny, l'Empereur songe à lui pour le fauteuil de président du Corps législatif. Comme Morny, Walewski a joué en effet un grand rôle dans toutes les mesures de libéralisation du régime depuis 1860. Il pourrait donc continuer la politique initiée par le duc. Après avoir avancé son inexpérience des luttes parlementaires et s'être fait prier, Walewski se laisse fléchir mais il faut lui trouver une circonscription. En mars 1858, l'Empereur lui a fait don du domaine des marais d'Orx dans les Landes. Le comte y a pratiqué de grands travaux de dessèchement et d'assainissement , est entré au conseil général en mai 1861 et en est devenu immédiatement le président. Même s'il n'a honoré qu'une fois de sa présence ce conseil, il devient rapidement clair que c'est dans les Landes qu'il doit se présenter à la députation. En juillet 1865, Corta, député de la deuxième circonscription de ce département accepte de céder son siège contre une place au Sénat. Walewski a une telle confiance dans l'issue du scrutin qu'il ne mène aucune campagne. "Mon nom et ma position me dispensent de profession de foi et de programme". Il préfère aller prendre les eaux en Allemagne. De fait, il est élu le 29 août sans aucune opposition. Avant même la validation de son élection, il est nommé président du Corps législatif par Napoléon III, le 1er septembre. Sa politique libérale (le Corps législatif lui doit le rétablissement de la tribune) rallie certains membres de l'opposition que l'on voit désormais dîner à l'hôtel de Lassay. En revanche, Walewski ne parvient pas à diriger fermement les débats. Au cours de la séance du 18 mars 1867, il ne peut éviter de très vifs échanges entre l'opposition menée par Favre et Thiers d'une part et Rouher d'autre part. Au plus fort du tumulte, ce dernier se tourne vers Walewski et lui lance : "Mais présidez, nom de D..., ou venez à la tribune défendre le gouvernement si vous en êtes capable." Désavoué par Napoléon III, le président démissionne le 29 mars. Lorsqu'il annonce à ses collègues : "Dans un intérêt d'union et de concorde, j'ai cru devoir renoncer à l'honneur de vous présider", une grande partie de la gauche vient lui serrer la main. Il retrouve son siège au Sénat dès le 2 avril. En février 1868, il est élu membre libre de l'Académie des Beaux-Arts. Au retour d'un voyage en Allemagne, il meurt d'une crise cardiaque, le 27 septembre 1868, dans un hôtel de Strasbourg. Ses obsèques ont lieu aux frais de la liste civile de l'Empereur et, par une cruelle ironie, Rouher tient l'un des cordons du poële. Grand-croix de la Légion d'honneur du 31 mars 1856, au lendemain de la signature du traité de Paris, le comte Walewski avait également reçu les plus hautes distinctions des principaux ordres européens. Il s'était marié en 1831 avec lady Catherine Montague, fille du comte de Sandwich. Après le décès de sa femme en 1834, il avait entretenu une liaison de trois ans avec la tragédienne Rachel avant de se remarier en 1846 avec Marie-Anne de Ricci, apparentée aux Poniatowski. Cette seconde épouse a été la maîtresse de Napoléon III.

E. Anceau in Dictionnaire des députés du Second Empire, P.U.R., 1999.


Le maréchal comte Randon

randon2.JPGLe maréchal comte Randon est né le 25 mars 1795 à Grenoble et décédé le 15 janvier 1871 à Genève.

Randon est issu d'une famille protestante originaire de l'Hérault. Il a pour oncles le révolutionnaire Barnave et le général d'Empire Marchand. Elève d'un lycée de Grenoble, il vit ses moments de liberté chez son oncle le général, à Saint-Ismier où il pratique l'équitation.
Engagé à 16 ans, il rejoint son oncle à Varsovie et est nommé sergent le 11 avril 1812. Participant à la campagne de Russie, sa conduite à la Moskowa lui vaut son épaulette de sous-lieutenant. Il vit les souffrances de la retraite et fait la campagne de 1813. Blessé deux fois à Lützen, il combat néanmoins à Bautzen, puis à Leipzig en qualité d'aide de camp de son oncle. En 1814, Il suit Marchand sur la frontière des Alpes pour défendre la Savoie et le Dauphiné.
Après la première abdication de Napoléon Ier, Marchand, rallié aux Bourbons, est maintenu dans son commandement de la 7e division militaire et conserve son neveu pour aide de camp.
Lors du vol de l'Aigle, Randon est dépêché à Laffrey pour veiller à ce que les troupes chargées d'arrêter la progression de Napoléon accomplissent leur mission. Il incite en vain le commandant du 5e de ligne à ouvrir le feu et est pourchassé par les cavaliers de l'Empereur. L'Empire rétabli, il s'y rallie avec son oncle Marchand. Après les Cent-Jours, son avancement est stoppé. Il doit attendre la monarchie de Juillet pour poursuivre sa progression dans la hiérarchie militaire.
Il passe en Algérie de 1838 à 1847. Dès qu'il est chef de corps, il montre ses aptitudes d'administrateur et est rapidement nommé maréchal de camp. Lieutenant-général en 1847, en 1848, il est promu directeur des Affaires de l'Algérie au ministère de la Guerre. Il occupe encore différents commandements en France et le 24 janvier 1851 il succède à Regnaud de Saint-Jean d'Angély au ministère de la Guerre. Refusant de participer au coup d'Etat du 2 décembre 1851, il est remplacé par Saint-Arnaud lors du changement de ministère, le 26 octobre 1851. Néanmoins, le prince président l'estime beaucoup et lui confie le poste de gouverneur général de l'Algérie au grand désappointement de Pélissier.
En 1852, Randon reçoit l'investiture du titre de comte de son oncle le général Marchand mort sans postérité. Il est aussi nommé sénateur et en 1856 élevé au maréchalat en même temps que Bosquet et Canrobert. En 1859, il remplace Vaillant au ministère de la Guerre et, en conflit avec l'Empereur quant à l'augmentation des effectifs de l'armée, il est lui-même remplacé par Niel en 1867. La même année, il abjure le protestantisme et se convertit au catholicisme.
En 1870, Randon est gravement malade. Il fait une cure à Evian, puis obtient l'autorisation de poursuivre ses soins à Genève. Miné par les tourments que lui causent les désastres militaires de l'armée et l'effondrement de l'Empire, il s'éteint le 13 janvier 1871. Une cérémonie funèbre a lieu à Genève le 17 janvier et le 11 octobre 1871, le corps arrive à Saint-Ismier. Les funérailles ont lieu le lendemain. Mac Mahon y représente le gouvernement.

Ronald Zins, Les Maréchaux de Napoléon III, Horvath, 1997.


Le marquis de Chasseloup-Laubat

chasseloupLaubat3.jpgMinistre de l'Algérie et des Colonies le 24 mars 1859, ministre de la Marine et des Colonies le 24 novembre 1860, ministre présidant le Conseil d'Etat le 17 juillet 1869.
Né à Alexandrie (Italie) le 29 mars 1805, mort à Paris le 29 mars 1873.

D'une vieille famille de la noblesse saintongeaise, benjamin des quatre enfants du général François de Chasseloup-Laubat (1754-1833), comte et sénateur sous l'Empire, pair de France et marquis sous la Restauration, grand-croix de la Légion d'honneur et commandeur de Saint-Louis, Napoléon Samuel Prosper est le filleul de Napoléon Ier et de Joséphine. Il étudie au lycée Louis-le-Grand puis entre comme auditeur au Conseil d'Etat en 1828. Capitaine de la garde nationale et aide de camp du général La Fayette lors de la révolution de 1830, il reprend vite sa place au Conseil d'Etat et passe maître des requêtes en novembre. En 1836, il accomplit une mission en Algérie puis est nommé conseiller d'Etat en 1838. Par ailleurs, il préside le conseil d'administration de la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest et joue un grand rôle dans la construction du Paris-Cherbourg. Elu député de la Charente-Inférieure en septembre 1837, il est réélu successivement en novembre de la même année, en 1839, en 1842 et en 1846. Il siège au centre gauche, mais soutient souvent la politique de Guizot. Il est donc rapidement surnommé "le papillon de la Chambre". Membre du conseil général de la Charente-Inférieure à partir de 1838, il occupe sept fois la présidence de ce conseil entre 1839 et 1850. La révolution de 1848 l'écarte de la Chambre. Il combat les émeutiers de juin dans les rangs de la garde nationale puis fait sa rentrée politique en 1849, à l'occasion des élections à la Législative. Elu par son département, il siège dans les rangs du parti de l'Ordre. Rallié au président, il devient ministre de la Marine et des Colonies d'avril à octobre 1851. Il approuve le coup d'Etat et est appelé au sein de la Commission consultative.
Hostile à la nationalisation des biens de la famille d'Orléans, il n'en est pas moins candidat officiel dans la deuxième circonscription de Charente-Inférieure lors des élections législatives de 1852. Elu contre le général Montholon, Chasseloup-Laubat siège dans la majorité, mais ne tarde pas à manifester son indépendance. Nommé rapporteur de la commission du budget pour les dépenses, il réclame la baisse des gros traitements, la réduction des sommes consacrées aux travaux publics et à l'armée et se plaint du peu de cas que le gouvernement et le Conseil d'Etat font de l'avis des députés. Il devient donc l'un des chefs des "budgétaires". Combattu par l'administration lors des élections cantonales de l'été, il quitte le conseil général. En 1854, il combat la demande de poursuites contre son ami Montalembert. Tout en désapprouvant le tour autoritaire du régime, il n'en est pas moins partisan de l'Empire. De son côté, le gouvernement comprend vite qu'il peut difficilement se passer d'un homme de sa valeur. C'est donc avec l'appui officiel qu'il conserve son siège au Corps législatif lors des élections de 1857 et qu'il retrouve sa place au conseil général l'année suivante. Il préside même cette assemblée jusqu'à la fin du régime. Nommé ministre de l'Algérie et des Colonies le 24 mars 1859, en remplacement du prince Napoléon, il démissionne alors du Corps législatif. Devenu ministre de la Marine et des Colonies le 24 novembre 1860, il occupe cette fonction jusqu'au 20 janvier 1867 et accomplit une oeuvre considérable : modernisation de la flotte par le développement des navires cuirassés, amélioration du sort des marins, développement économique de l'Algérie, instauration du protectorat sur le Cambodge, achèvement de la conquête de la Cochinchine, ... Il est aussi l'instigateur du Code international des signaux maritimes adopté en 1864. Le ministre est appelé à présider la Société de géographie de Paris à partir de 1864 et reçoit l'année suivante la présidence d'honneur de la Société centrale de sauvetage des naufragés. Nommé au Sénat le 25 mai 1862, il doit quitter provisoirement la Chambre haute pour cause d'incompatibilité lorsqu'il devient ministre présidant le Conseil d'Etat du 17 juillet 1869 au 2 janvier 1870. A ce titre, il joue un rôle considérable dans l'avènement de l'Empire libéral.
Représentant de la Charente-Inférieure en 1871, il siège au centre droit de la nouvelle Assemblée. En tant que ministre, il reste un modèle de compétence, de dévouement, de désintéressement et d'intégrité puisqu'il avait vendu toutes ses actions en entrant au gouvernement, refusant même de toucher son traitement de ministre présidant le Conseil d'Etat. Il est vrai qu'il était très fortuné puisque ses revenus annuels étaient estimés à 300 000 francs en 1870. A son décès, il était grand-croix de la Légion d'honneur et de plusieurs ordres étrangers. Comme son père, il appartenait à la franc-maçonnerie. Il avait été initié en 1829 à la loge de l'Union de Paris, avait atteint le trente-troisième degré en 1846 et siégeait au Suprême Conseil.
Ses frères Just (1800-1847) et Prudent (1802-1863) ont été, pour le premier, diplomate et député sous la monarchie de Juillet et, pour le second, représentant à la Législative sous la deuxième République, général de division et président du comité consultatif d'état-major sous l'Empire. C'est à la mort de ce dernier que Prosper a hérité du titre de marquis. Aucun de ses deux fils, tous deux ingénieurs civils, n'a entrepris de carrière politique.

Eric Anceau, Dictionnaire des députés du second Empire, P.U.R., 1999.


Adolphe Billault

billault2.jpgMinistre de l'Intérieur ; ministre sans portefeuille ; ministre d'Etat.
Né à Vannes (Morbihan) le 12 novembre 1805, mort en son château des Grézillières près de Nantes (Loire-Inférieure) le 13 octobre 1863.

Fils d'un receveur des douanes, Adolphe Billault descend par sa mère d'une famille d'armateurs ruinée par les effets des guerres napoléoniennes. Après avoir étudié à Saint-Pol-de-Léon, il fait son droit à Rennes, est reçu licencié en 1825 puis s'inscrit au barreau de Nantes. Il épouse en août 1830 la fille du président de la Chambre de commerce de Nantes et grand armateur, Bourgault-Ducoudray, après dit-on avoir tenu à ce dernier le discours suivant : "Je suis sans richesse et sans nom ; mais je ne suis pas sans avenir ; dans trois ans, je serai le premier avocat de Nantes ; trois ans après, je serai député ; trois ans encore, et je serai ministre". De fait, il obtient vite de brillants succès et entre au conseil de l'ordre. Saint-Simonien, il fonde la Société industrielle de Nantes et organise des écoles d'apprentissage. Dès 1830, il devient conseiller municipal de Nantes et en 1834, conseiller général de Loire-Inférieure. En 1836, il se présente sans succès aux législatives mais est élu l'année suivante dans trois circonscriptions de la Loire-Inférieure (il opte pour Ancenis). Il est constamment réélu jusqu'à la chute de la monarchie de Juillet. Il siège à gauche, débute par un violent discours contre la corruption électorale, conseille le duc d'Aumale. Dans le gouvernement du 1er mars 1840, il est appelé à remplir la fonction de sous-secrétaire d'Etat de l'Agriculture et du Commerce, conclut un traité de commerce avec la Hollande et reçoit la Légion d'honneur le 19 août 1840. Après la chute du gouvernement, il siège dans l'opposition dynastique. La question du droit de visite dont il est l'un des inventeurs lui fournit matière à de nombreuses attaques. Il s'éloigne pourtant de Thiers, se rapproche du parti ministériel et ne participe pas à la campagne des banquets. Elu à la Constituante par la Loire-Inférieure, il est appelé au sein de la Commission faisant office de Conseil d'Etat. En 1849, il n'est pas élu à la Législative et semble marquer le pas mais il devient vite l'un des habitués de l'Elysée. Il approuve le coup d'Etat du 2 décembre et siège dans la Commission consultative.
En 1852, s'il renonce à se présenter en Bretagne par peur des légitimistes, il est élu au Corps législatif comme candidat officiel dans la deuxième circonscription de l'Ariège. Par un décret du mois de mars, il devient le premier président du Corps législatif. Ancien défenseur du parlementarisme, il se satisfait pourtant dès son discours d'installation de la réduction des libertés parlementaires. C'est lui qui, début décembre, va porter à Saint-Cloud le résultat officiel du plébiscite et salue le premier du titre de "Sire" le nouvel empereur : "notre nation relève avec un orgueilleux amour cette dynastie des Bonaparte, sortie de son sein, et qui ne fut point renversée par des mains françaises". Après avoir été promu officier de la Légion d'honneur le 18 août, il devient commandeur le 8 décembre 1852. Jusqu'en juin 1854, époque à laquelle il quitte le Corps législatif, il se montre fort dévoué au pouvoir exécutif. Fréquemment cassant à l'égard de ses collègues, ceux-ci ne l'apprécient guère. C'est son gendre, Henri Busson, qui lui succède comme député et Morny comme président.
Billault fait alors son entrée au ministère de l'Intérieur et devient sénateur le 4 décembre 1854. En tant que ministre, il s'intéresse à des institutions charitables (orphelinat du Prince impérial, hôpital Sainte-Eugénie, asiles de Vincennes et du Vésinet). Durant son passage au ministère, la surveillance de la presse se fait moins oppressive que sous Maupas et Persigny. Le ministre est promu grand-officier de la Légion d'honneur le 30 décembre 1855. En janvier 1856, il perd son épouse et reporte dès lors son affection sur ses deux filles tout en redoublant d'activité. Il prépare les élections de 1857. Son administration soutient les candidats officiels avec succès (sauf à Paris), et il est nommé grand-croix de la Légion d'honneur, le 15 août 1857. Cependant, l'attentat d'Orsini du 14 janvier 1858 lui fait perdre le ministère. Peu après, il quitte la présidence du conseil général de l'Ariège qu'il occupait depuis 1853. Sa traversée du désert est de courte durée et le 1er novembre 1859 il retrouve l'Intérieur. Signe de son retour en grâce, il se voit offrir en 1860 par l'Empereur, un hôtel particulier d'une valeur de 600 000 francs avec un mobilier de 100 000 francs. Le 24 novembre 1860, Billault devient l'un des trois ministres sans portefeuille. Il est plus particulièrement chargé des Affaires étrangères, de la Marine et des Colonies, de l'Instruction publique et des Cultes. Les grands discours qu'il prononce alors sur les affaires du Mexique et d'Italie, son éloquence, sa capacité à parler sans notes et à placer la politique impériale dans l'histoire nationale en font l'homme du moment et lui donnent une incontestable prééminence sur ses collègues, Magne et Baroche. Cela conduit Napoléon III à supprimer les trois ministères en juin 1863 et à les remplacer par un ministère d'Etat aux compétences élargies qu'il confie naturellement à Billault. Mais, épuisé par le travail, ce dernier meurt le 13 octobre 1863.
L'Empire lui fait des obsèques nationales et Morny affirme qu'avec lui "l'Empire perd son bras gauche". Quant à Mérimée, il écrit dans une lettre du 20 octobre que sa mort "est un coup funeste ; c'était assurément le plus habile et le plus propre à lutter avec courage contre les orateurs de l'opposition. Ce n'était pas un homme d'Etat, mais c'était un instrument merveilleux entre les mains d'un homme d'Etat." Nantes lui élève une statue en 1867. Par contre, une sombre histoire vient ternir sa mémoire. En effet, Billault avait fait enfermer, plusieurs années auparavant, un dénommé Sandon qui le faisait chanter. Cet homme affirmait posséder des lettres dans lesquelles le futur ministre professait des idées anti-bonapartistes. Après la mort de Billault, ses adversaires politiques ne tardent pas à élargir et indemniser Sandon tout en ébruitant l'affaire.

Eric Anceau, Dictionnaire des députés du second Empire, P.U.R., 1999.


Charles-Alphonse Delangle

delangle.jpgMinistre de l'Intérieur le 14 juin 1858, ministre de la Justice le 5 mai 1859.
Né en 1797, mort en 1869.

Les origines de Charles-Alphonse Delangle étaient fort modestes : son père était un tailleur de pierre de Varzy devenu entrepreneur de bâtiment, et avait acquis une honnête aisance. Delangle, élève au lycée de Bourges, licencié en droit en 1819, se lie d'amitié avec Philippe Dupin, de Varzy lui aussi. Il entre au cabinet de Dupin aîné, et plaide en 1822 au procès des quatre sergents de La Rochelle... Quand Dupin est nommé en 1860 procureur général à la Cour de cassation, Philippe Dupin et lui se partagent sa clientèle. Bâtonnier de Paris en 1838, il est nommé avocat général à la Cour de cassation en 1840 ; député de Cosne (avec l'appui du ministère) en 1847, il devient procureur général à la cour d'appel de Paris en 1847 et conseiller d'Etat. Il ne revient aux affaires qu'en janvier 1852 : il remplace Dupin comme procureur général à la Cour de cassation, devient à la fin de 1852 premier président à la Cour de Paris, et sénateur. En juin 1858, il remplace le général Espinasse au ministère de l'Intérieur - il fallait un magistrat pour marquer le retour aux principes juridiques. En mai 1859, il devient ministre de la Justice et n'est remplacé qu'en juin 1863. Vice-président du Conseil d'Etat, il est nommé - pour la deuxième fois - procureur général à la Cour de cassation à la mort de Dupin. Il meurt en décembre 1869. Son rôle comme ministre de l'Intérieur et de la Justice n'est pas facile à apprécier : il n'avait pas une personnalité bien tranchée. C'était un juriste intelligent, conservateur, gallican (il osera repousser une pétition demandant des sanctions contre La Vie de Jésus de Renan), un gros travailleur appliqué à ses devoirs : ce n'était pas un homme d'Etat. Il avait - comme Dupin - fait une belle carrière qui l'avait amené, lui, le fils du tailleur de pierre de Varzy, jusqu'aux plus hauts postes : "Chez lui, tout était peuple, l'origine, les passions et jusqu'au physique", notait un témoin : mais c'était un bel exemple de la méritocratie impériale.

Guy Thuillier in Dictionnaire du second Empire, dir. J. Tulard, Fayard.


Le duc de Persigny

persigny4.jpgMinistre de l'Intérieur du 22 janvier 1852 au 23 juin 1854, avec le portefeuille de l'Agriculture et du Commerce du 25 janvier 1852 au 23 juin 1853. Ministre de l'Intérieur du 26 novembre 1860 au 23 juin 1863.
Né à Saint-Germain-l'Espinasse (Loire) le 11 janvier 1808, mort à Nice (Alpes-Maritimes) le 12 janvier 1872. (Victor Fialin prit le nom de vicomte de Persigny vers 1832, titre que, selon lui, ses ancêtres avaient autrefois porté. Il fut fait comte en 1852 et duc en 1863.)

Issu d'une famille de petite noblesse d'Ancien régime, Victor Fialin de Persigny abandonna très tôt ses idées légitimistes pour adopter la foi bonapartiste, dont il se fit le propagandiste autant que l'exécuteur : compagnon du futur Napoléon III dans les complots de Strasbourg et de Boulogne - dont il fut l'un des principaux organisateurs - , il fit campagne aux côtés de ce dernier en 1848, et participa ensuite au coup d'Etat du 2 décembre où, avec le colonel Espinasse, il prit le contrôle du palais législatif. Quelques semaines plus tard, en janvier 1852, après la démission de Morny, il accédait au ministère de l'Intérieur. Cette promotion ne devait rien à ses compétences techniques ni à son influence parlementaire : après un début de carrière dans l'armée - dont il fut exclu pour indiscipline - , un passage dans le journalisme et un séjour en prison comme détenu politique, il avait été aide de camp du Prince-président, puis simple député à l'Assemblée législative. Mais il était l'ami personnel du chef de l'Etat, le plus ancien, le plus fidèle et le plus désintéressé de ses soutiens. Son nom avait d'ailleurs déjà été prononcé au moment de la crise ministérielle de janvier 1851, lorsque Louis-Napoléon avait envisagé de constituer un ministère composé exclusivement d'hommes lui étant entièrement dévoués. Durant ce premier passage au gouvernement, il établit les bases du nouveau régime autoritaire : il acheva de préparer les élections, rédigeant avec Baroche et Rouher la nouvelle loi électorale, choisissant les candidats officiels et faisant peser l'Administration en leur faveur ; il publia le décret-loi du 17 février 1852 muselant la presse, notamment par le système de répression administrative des "avertissements" pouvant entraîner la suspension, dont il avait eu l'idée. En outre, à l'insu et contre le sentiment de Louis-Napoléon, il suscita, par des instructions secrètes aux préfets concernés, le mouvement populaire qui se produisit, lors du voyage de ce dernier en province en septembre 1852, en faveur d'un rétablissement de l'Empire : "Je le ferai empereur malgré lui. Je le ferai assourdir de tels cris de "Vive l'Empereur" qu'il lui faudra bien se rendre." Il eut ensuite à organiser le plébiscite de 1852. Il peut donc être considéré comme le principal fondateur de l'Empire.
Audacieux et ambitieux en économie autant qu'en politique intérieure, il appuya les frères Péreire, présidant à la naissance du Crédit mobilier dû à leur initiative, et encouragea une politique d'investissements publics financés par l'emprunt, ce qui le mit en opposition avec les financiers traditionnels. C'est ainsi, en particulier, qu'en matière d'urbanisme, il installa Haussmann à la préfecture de Paris, et qu'il nomma Vaïsse à Lyon. Ayant démissionné du ministère pour raison de santé, il y revint en 1860, après un passage de plusieurs années à l'ambassade de Londres. Il eut cette fois à engager l'évolution libérale du régime. Il y était alors favorable. Par ses circulaires aux préfets des 5 et 7 décembre, il annonça une application plus souple de la loi sur la presse, et fit une ouverture en direction des "hommes honorables et distingués des anciens gouvernements". Mais il n'abandonna pas pour autant son tempérament passionné ni ses habitudes autoritaires face à l'opposition qui relevait la tête. Il s'en prit en 1861 à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, foyer d'opposition légitimiste et catholique à la politique italienne de Napoléon III, et aussi, symétriquement, à la franc-maçonnerie. Lors des élections de 1863, il retira l'appui du gouvernement à 48 députés officiels qui avaient fait la preuve de leur indocilité au cours de la législature, et mit en oeuvre tous les procédés habituels du système autoritaire contre les candidats des diverses oppositions : "Afin que la bonne foi des populations ne puisse être trompée par des habiletés de langage ou des professions de foi équivoque, écrivait-il aux préfets, désignez hautement, comme dans les élections précédentes, les candidats qui inspirent le plus confiance au gouvernement. Que les populations sachent quels sont les amis et les adversaires plus ou moins déguisés de l'Empereur." Les candidats du pouvoir obtinrent la majorité des voix et des sièges, mais les républicains triomphaient à Paris et dans les grandes villes. Persigny fut, un peu injustement, rendu responsable de cet échec relatif, et en particulier de l'élection de Thiers (en l'attaquent trop vigoureusement, il lui avait involontairement permis d'obtenir le soutien des républicains avancés). Son renvoi, déjà envisagé en octobre 1862, fut décidé : "Je le dis avec regret, votre retraite provisoire peut seule ramener le calme dans l'opinion publique" lui écrivit Napoléon III. Sa chute, définitive, était aussi due à l'hostilité de l'Impératrice, qu'il n'aimait pas, et des ministres d'origine orléaniste. Elle marquait la fin d'une époque, la plus glorieuse et la plus prospère du régime.
Sénateur depuis 1852 et membre du conseil privé, il continua à prodiguer au souverain des avis qui furent de moins en moins écoutés, s'opposant à l'influence, démesurée selon lui, prise dans le gouvernement, par l'Impératrice et par le trio Rouher-Baroche-Fould, qu'il accusait de manquer de hauteur de vues : "Ces braves gens ne sont ministres, pour la plupart, qu'à défaut des hommes éminents que la tournure des choses a rejetés dans les partis hostiles" disait-il d'eux et de quelques autres, au début de l'Empire. Et à la fin : "Le Conseil fut ce qu'il était dans toutes les grandes occasions, c'est-à-dire aussi terne, aussi pauvre d'idées et de sentiments élevés qu'il était bruyant et animé lorsqu'il se sentait sur le terrain favori des avocats et des hommes d'affaires." Il vit, en conséquence, avec sympathie, l'ascension d'Emile Ollivier, puis son avènement, qu'il encouragea, sans toutefois se départir de ses préventions profondes contre le système parlementaire ; et il refusa de participer à la vie publique après la chute de l'Empire. Il mourut peu de temps après, sans être sorti de sa disgrâce, désabusé depuis longtemps, amer d'avoir été écarté au profit de bonapartistes du lendemain, simples grands commis de l'Etat, et déçu de n'avoir pas réussi à faire triompher jusqu'au bout sa conception mystique et ambitieuse du bonapartisme.

Francis Choisel in Le Dictionnaire des Ministres, Perrin, 1990, dir. B. Yvert.


Pierre Magne

magne1.jpgMinistre des Travaux publics, de l'Agriculture et du Commerce, des Finances, ministre sans portefeuille.
Né le 3 décembre 1806 à Périgueux (Dordogne), mort le 17 février 1879 au château de Montaigne (Dordogne).

Fils d'un teinturier, Pierre Magne se présenta au baccalauréat ès lettres en 1825, entra chez un notaire, fut employé à la préfecture et, poursuivant parallèlement ses études, obtint une licence en droit en 1830. Avocat au barreau de Périgueux, membre du conseil de préfecture, il fut élu député dans son département natal, en 1843. Il siégea avec la majorité favorable à Guizot et se fit rapidement remarquer par le sérieux avec lequel il remplissait ses fonctions. Il intervint, à la Chambre, notamment comme rapporteur du budget de l'Algérie (il connaissait Bugeaud depuis l'enfance) et y obtint quelques succès. Directeur du contentieux au ministère des Finances en 1846 et 1847, ayant cessé de plaider, il se fit remarquer de Guizot qui, pensant à la relève ministérielle par une nouvelle génération, le nomma sous-secrétaire d'Etat à la Guerre, chargé de l'Algérie, le 24 novembre 1847. Le chef du gouvernement lui déclara : "Vous avez une grande intelligence des affaires. Vous avez à un très haut degré l'esprit de discussion. Votre parole a sur la Chambre une autorité très rare."
Le lendemain de la révolution de février 1848, il donna sa démission, qui fut acceptée à regret par le nouveau ministre de la Guerre, le 6 mars. Il reprit alors ses activités d'avocat à Périgueux. Rappelé au gouvernement, auprès de Fould, le 10 novembre 1849, comme sous-secrétaire d'Etat aux Finances, il accepta, après avoir hésité en raison de scrupules orléanistes, et il eut pour rôle de défendre la politique financière devant l'Assemblée. Le 9 janvier 1851, il devint ministre des Travaux publics et retrouva son siège de représentant de la Dordogne lors d'une élection partielle, le 10 juillet. Louis-Napoléon Bonaparte, après l'avoir écarté du ministère du 26 octobre, lui rendit son portefeuille le lendemain du coup d'Etat, auquel il fut complètement étranger. Mais Magne démissionna quelques semaines plus tard, le 25 janvier 1852, comme ses collègues issus de l'orléanisme, pour protester contre la nationalisation des biens de la famille d'Orléans. Cependant, il accepta aussitôt le poste de président de la section des Travaux publics, de l'Agriculture et du Commerce au Conseil d'Etat. A ce titre, il continua à avoir un rôle important dans la marche des affaires qu'il avait suivies jusque-là. Et, dès le 28 juillet, il retrouva son portefeuille, qui s'élargit à l'Agriculture et au Commerce le 23 juin 1853. Il eut notamment à y accélérer le programme d'équipement ferroviaire de la France.
Egalement sénateur depuis le 31 décembre 1852, il fut nommé ministre des Finances le 3 février 1855. Il y équilibra tous ses budgets, dégageant même des excédents permettant de rembourser une partie de la dette flottante. Le 26 novembre 1860, il devint ministre sans portefeuille, c'est-à-dire qu'il était l'avocat devant les assemblées de la politique gouvernementale ; il avait en charge les dossiers économiques et financiers. Pinard, l'un de ses futurs collègues, écrit dans ses Mémoires à son sujet : "J'aurai défini M. Magne à la tribune et au Conseil en disant que sa parole, toujours nette et sobre, allait lentement, mais sûrement, au but ; elle traduisait admirablement l'équilibre de son esprit : presque toujours, elle portait la conviction chez ceux qui l'écoutaient sans parti pris. On le réputait timoré à raison de sa prudence proverbiale. Pour être plus exact, disons qu'il était par nature l'homme des nuances et de la mesure." L'Impératrice ajoutait, à propos de son éloquence, reconnue par tous les contemporains : "C'est admirable de lucidité et de simplicité. Monsieur Magne a le talent de faire croire aux ignorants qu'ils sont des financiers." Et Persigny : "Il est impossible d'être plus clair, plus précis, plus noble de modération et de politesse." En conflit avec Fould, son successeur aux Finances dont il avait mission de plaider la politique, il démissionna le 30 mars 1863 et fut nommé au Conseil privé. Il dut attendre le 13 novembre 1867, peu après la mort de Fould, pour revenir au gouvernement et reprendre le portefeuille des Finances, qu'il conserva jusqu'à l'avènement d'Emile Ollivier, le 2 janvier 1870. Ce dernier l'aurait volontiers conservé à son poste, mais le centre gauche s'y opposa. Il revint encore deux fois au ministère des Finances, qu'il avait fortement marqué : dans le gouvernement Cousin-Montauban, du 10 août au 4 septembre 1870, et, après avoir été réélu député de la Dordogne en juillet 1871, sous Mac-Mahon et l'Ordre moral, du 25 mai 1873 au 20 juillet 1874. Il fut élu sénateur de son département en 1876.

Francis Choisel in Dictionnaire du second Empire, dir. J. Tulard, Fayard.


Le duc de Padoue

padoue_disderi.jpg

Ministre de l'Intérieur du 5 mai au 1er novembre 1859.
Né à Paris le 26 septembre 1814, mort à Paris le 28 mars 1888.

Fils du général, duc d'Empire, pair des Cent-Jours, qui avait aussi été député à l'Assemblée législative, apparenté aux Bonaparte, Ernest Louis Henri Hyacinthe Arrighi de Casanova, duc de Padoue, après des études à l'Ecole polytechnique et un bref séjour dans l'armée, fut nommé préfet de Seine-et-Oise (il l'était notamment lors du 2 décembre), puis au Conseil d'Etat, et succéda à son père au Sénat, en 1853.
Dévoué aux intérêts de l'Eglise, il devint ministre de l'Intérieur à la veille du départ de Napoléon III pour la guerre d'Italie, ce qui rassura les catholiques. Fidèle entre tous à la dynastie, il avait la charge de l'ordre public pendant l'absence momentanée de l'Empereur et la régence provisoire de l'Impératrice ; mais la campagne s'étant révélée victorieuse, il n'eut à faire face à aucun trouble. Le 15 août, il contresigna l'amnistie générale des proscrits, décrétée par Napoléon III, et démissionna pour raison de santé, à peine six mois après sa nomination.
Après la chute de l'Empire, il fut l'un des membres influents du parti bonapartiste, prit la parole en 1874 au nom des 7 000 invités qui étaient venus à Londres pour la majorité du Prince impérial et, après plusieurs insuccès en Seine-et-Oise, fut élu en 1876 député de la Corse. Il siégea au sein du groupe de l'Appel au peuple jusqu'en 1881 et soutint la politique de l'ordre moral.

Francis Choisel in Le Dictionnaire des Ministres, Perrin, 1990, dir. B. Yvert.


Ernest de Royer

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Ministre de la Justice du 24 janvier au 10 avril 1851 et du 16 novembre 1857 au 4 mai 1859.
Né à Versailles le 29 octobre 1808, mort à Paris le 13 décembre 1877.

Avocat en 1829, entré dans la magistrature en 1832 au titre du ministère public, Ernest de Royer plaida en 1849, comme avocat général, à la haute-cour de Bourges et fut nommé, un an plus tard, procureur général près la cour d'appel de Paris. Ministre de la Justice du 24 janvier au 10 avril 1851, membre de la Commission consultative puis conseiller d'Etat au lendemain du 2 Décembre, il rentra dans la magistrature en 1853, en devenant procureur général près la Cour de cassation. A nouveau ministre de la Justice le 16 novembre 1857, après la mort d'Abbatucci, il eut à prendre la responsabilité de la loi de sûreté générale votée à la suite de l'attentat d'Orsini, en 1858. Il rendit son portefeuille le 4 mai 1859 et fut nommé le lendemain au Sénat, avec le poste de premier vice-président. Premier président de la Cour des comptes en 1863, il était également président du conseil général de la Marne.
Après la chute de l'Empire, il se consacra à sa carrière de magistrat.

Francis Choisel in Le dictionnaire du second Empire, Fayard.


Adolphe de Forcade La Roquette

forcadelaroquette.jpgMinistre des Finances du 26 novembre 1860 au 14 novembre 1861. Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics du 20 janvier 1867 au 17 décembre 1868. Ministre de l'Intérieur du 17 décembre 1868 au 2 janvier 1870.
Né à Paris le 8 avril 1820, mort à Paris le 15 août 1874.

Après des études de droit, Adolphe de Forcade La Roquette, demi-frère du maréchal de Saint-Arnaud, fit carrière au Conseil d'Etat et dans l'Administration. Il était, depuis quelques mois, directeur des douanes et des contributions indirectes lorsque, avec l'appui de Rouher, il fut appelé en 1860 à la succession de Magne.
Il fut écarté de son ministère un an plus tard, lors de la publication du rapport Fould qu'il désapprouva et qui valut à son auteur de prendre la tête des Finances. Il fut alors nommé sénateur. Vice-président du Conseil d'Etat à partir de 1863, il eut alors, à ce titre, à défendre les projets de loi devant les Assemblées, aux côtés de Rouher. Celui-ci le vit avec satisfaction revenir au gouvernement, en 1867, avec le portefeuille de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics. Forcade La Roquette y fut un partisan convaincu du libre-échange et eut à signer plusieurs mesures sociales, telles que la tolérance officielle des syndicats ou l'abolition de l'article 1 781 du code civil privilégiant le témoignage des patrons sur celui des ouvriers devant les prud'hommes. Après le renvoi de Pinard, il passa au ministère de l'Intérieur où, bien qu'il ne fût pas hostile en principe à des réformes libérales (il avait notamment approuvé la nouvelle loi sur la presse), il prépara les élections législatives de 1869 selon la méthode traditionnelle des candidatures officielles ; il remania également à cette occasion le découpage des circonscriptions, et eut de ce fait à faire face au Corps législatif et à de vives attaques de l'opposition lors de la vérification des pouvoirs des nouveaux élus. Il fut maintenu à son poste après le remaniement de juillet 1869, précisément parce que l'Empereur estimait que son renvoi eût été une condamnation indirecte du système des candidatures officielles et l'aveu que les élections n'avaient pas répondu à ses espérances. Emile Ollivier, lorsqu'il composa son ministère en janvier 1870, obtint cependant son éviction. Forcade La Roquette profita alors d'une élection partielle pour entrer au Corps législatif où il devint l'un des chefs du parti autoritaire qui s'opposait à Emile Ollivier.
Exilé quelque temps en Espagne après la chute de l'Empire, il échoua en 1872 à une élection dans la Gironde qui mit fin à sa carrière politique.

Francis Choisel in Le Dictionnaire des Ministres, Perrin, 1990, dir. B. Yvert.


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25 juil. 2010

DISDERI et Cie

  • André Adolphe Eugène Disdéri (1829 - 1889)
    ou la photographie démocratisée

Disdéri fut d'abord commis-voyageur, fabricant de lingeries, et bonnetier à Paris. Après avoir fait faillite, il part pour Brest, fin 1846, pour y ouvrir un établissement de photographies repris plus tard par sa femme, après leur séparation. Après avoir occupé divers emplois, dont une entreprise de diorama, il est fiché comme républicain et quitte Brest pour le sud de la France où il devient photographe à Nîmes. Il travaille alors sur les techniques du collodion et du papier ciré.

De retour à Paris en janvier 1854, il va ouvrir un des plus importants studios de photographie de l'époque. Il invente en effet un nouvel appareil photographique qui utilise la technique du collodion humide et qui peut reproduire six clichés sur la même plaque de verre. C'est le brevet du portrait-carte qu'il dépose en 1854 et dont les avantages sont la réduction du prix de la photographie pour les clients et la reproductibilité des portraits, à l'inverse du procédé du daguerréotype, plus coûteux et qui ne permet qu'un seul portrait. Avant lui, un autre photographe, Louis Dodéro, avait produit à Marseille des portraits photographiques au format dit carte-de-visite, mais c’est à Disdéri qu’on en doit le développement commercial à grande échelle. Le portrait photographique entre alors dans l'ère industrielle et fonde son succès sur la représentation du statut social.

Les photographies obtenues par ce procédé ont un petit format assez proche de la carte de visite. Celles-ci deviennent assez vite à la mode, Disdéri devenant alors le photographe de nombreuses cours d'Europe. Parmi ses clients on trouve : la princesse de Metternich, épouse de l'ambassadeur d'Autriche, le baron Salomon de Rothschild, la comtesse Hatzfeld.

Il est photographe officiel de l'Exposition universelle de 1855 et présente de très grands formats (portraits grandeur nature) à Amsterdam. En 1856, une faillite personnelle et professionnelle le mène en prison. Cependant il reparaît en 1859 avec un nouvel appareil à quatre objectifs qui lui permet de réaliser huit clichés sur la même plaque.

Le prince impérial Louis Napoléon par Disdéri (1864)

En cette même année, 1859, Napoléon III, peu avant son voyage vers l'Italie, s'arrêta dans la boutique de Disdéri pour s'y faire tirer le portrait. La venue de l'empereur se répandit dans tout Paris et l'engouement fut tel que nombre de studios ouvrirent et se mirent à pratiquer cette technique. Avec Mayer et Pierson, Disdéri est alors reconnu photographe officiel de l'Empereur et son succès devient considérable. En 1860, il accompagne sans doute l'Empereur à Alger : son catalogue de mars 1861 présente alors pas moins de deux-cent-cinquante-six photographies "algériennes" : "cartes-photos" ou vues stéréoscopiques" dont plusieurs vues prises sur le vif de l'escadre impériale dans le port d'Alger et du débarquement de l'Empereur.

En 1862, il publie L'Art de la photographie, où il entend prouver que la photographie relève de l'art. Nadar serait bien mieux placé que lui pour mener à bien la démonstration, mais reconnaîtra l'habileté de son concurrent, concentrant ses critiques acerbes sur Pierre Petit et Mayer et Pierson. Disdéri obtient une médaille d'or à Londres où il tient une succursale, ainsi qu'à Madrid. Son atelier parisien luxueux se trouve alors juste au-dessus du théâtre de Robert Houdin, au numéro 8 du boulevard des Italiens. Inauguré en grande pompes, on y trouvait notamment un véritable musée : "Le Louvre du portrait-carte" selon l'expression du Monde Illustré du 14 avril 1860, avec une collection de personnages et de simples personnes dont les originaux suffiraient à peupler une sous-préfecture de seconde classe". Il est vrai que l'article rappelle aussi que, dans son premier salon, Disdéri avait d'abord gravé les noms de ses plus illustres clients et la date de leurs visites à ses ateliers :. "On y voit à côté des noms de LL MM l'Empereur et l'Impératrice, ceux du Prince Impérial, du prince Jérôme, du prince Napoléon et de la princesse Clotilde, des princes et de la princesse Murat, etc." A son apogée, Disdéri compta jusqu'à une centaine d'employés. Devenu riche, il fit construire une maison à Rueil-Malmaison, avenue Paul Doumer, qui existe toujours.

Après l'écrasement de la Commune, il prit de nombreux clichés des corps des fusillés. A partir de 1874, son activité décline et ne suffit plus à payer ses dépenses somptuaires. Il part pour Nice en 1879 puis revient à Paris pour y mourir complètement ruiné en 1889.

Il laisse 91 albums, avec 12 000 planches et 50 000 références, miraculeusement récupérés par Maurice Levert, le fils d'un ancien préfet de l'Empire, dont les héritiers vendirent le fonds aux services du Patrimoine.

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Nous trouvons l'annonce de Disdéri, ci-contre, insérée dans le " Courrier de Saumur ", pour la seule année 1863 et pour quatre parutions : 3 juin, 10 juin, 17 juin, 24 juin 1863.

Le célèbre photographe parisien, propose à la vente par correspondance aux lecteurs Saumurois, ses personnalités contemporaines au nombre de 321, sur portrait-carte de visite. La somme demandée - 1,20 f - est relativement modique. A titre d'exemple, la tarif d'affranchissement d'une lettre ordinaire est de 20 centimes.

 

Disdéri, le photographe attitré de Napoléon III, a vu défiler devant ses appareils, les personnalités françaises du plus haut rang, et les célébrités du monde entier. Il est d'ailleurs fort sévère sur la qualité de sa clientèle. Ne pose pas chez lui qui veut. Il représente comme le faubourg Saint-Germain de la photographie. Dans ses " types parisiens " le caricaturiste Jules Noriac nous le montre recevant dans ses magnifiques salons, appelés en Angleterre " Disderi Palace ". Il est revêtu de son célèbre surtout noir à boutons bleus, serré par une large ceinture de cuir, et pousse régulièrement de l'aurore au crépuscule : " N'bougeons plus ". (1865)

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